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Matcha et aluminium : comment choisir sa poudre après l’alerte de Que Choisir

Que Choisir a détecté de l'aluminium dans les sept matchas de son test, dont quatre au-dessus de la valeur de référence de l'Anses. Au rayon, le tri se joue désormais sur des repères que l'étiquette ne livre pas d'emblée.

Femme lisant un sachet de matcha à une table en bois, près d'un bol de thé vert, d'un fouet en bambou et d'un second sachet
Les sept matchas testés par Que Choisir contiennent tous de l'aluminium, mais pas dans les mêmes proportions.
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Une poudre vert vif fouettée dans un bol, un latte glacé commandé en terrasse : le matcha s’est installé dans les habitudes de nombreux Français, porté par une réputation de boisson santé riche en antioxydants. Derrière ce nom japonais se cache un thé vert particulier, le tencha, cultivé à l’ombre puis moulu en une poudre très fine que l’on boit en entier.

Le 24 septembre 2026, Que Choisir Ensemble a publié le test de sept matchas vendus en France, et les sept contiennent de l’aluminium, un métal neurotoxique à doses chroniques élevées. L’alerte tombe alors que les ventes ont été multipliées par cinq entre l’été 2023 et l’été 2024, selon les chiffres relayés par BFM TV. Faut-il renoncer à sa tasse, ou suffit-il d’apprendre à choisir sa poudre ?

Pourquoi le matcha concentre l’aluminium, et pas le thé vert infusé

L’aluminium est naturellement présent dans les roches, et il abonde dans les sols volcaniques du Japon et de la Chine, là où se concentre la culture du théier. La plante le puise dans la terre et le stocke dans ses feuilles. Pour le tencha, les théiers sont en plus couverts de bâches 20 à 30 jours avant la récolte, ce qui dope la chlorophylle et donne à la poudre sa couleur si recherchée.

Tout se joue ensuite dans la tasse. Un thé vert classique est infusé, or l’aluminium ne se dissout pas, ou très peu, dans l’eau chaude : l’essentiel reste dans les feuilles jetées après usage. Le matcha, lui, est fouetté dans l’eau ou le lait et avalé en totalité, si bien que les antioxydants et la L-théanine passent dans l’organisme avec les contaminants de la feuille. Reste à savoir dans quelles proportions, et c’est précisément ce que le test a mesuré.

Quatre références sur sept au-dessus du seuil français

Sur les sept matchas analysés, de prix et de qualités variables, quatre dépassent la valeur toxicologique de référence de l’Anses, calculée pour un adulte de 70 kg buvant une tasse par jour. Le plus chargé du panel atteint presque quatre fois cette valeur en une seule tasse. Aucun ne contrevient pourtant à la loi, puisque l’Union européenne n’a fixé aucune teneur maximale pour l’aluminium dans les aliments et les boissons.

Le test dessine surtout une hiérarchie qui parle au porte-monnaie. Les écarts de contamination sont nets d’une référence à l’autre, et les poudres les moins chères ressortent en queue de classement. Les auteures de l’enquête le résument sans détour :

Globalement, les moins chères sont les pires sur la plupart de nos critères.

Elsa Casalegno et Lauryne Dos Santos, Que Choisir Ensemble, enquête sur sept matchas publiée le 24 septembre 2026

Sur un produit dont la culture à l’ombre et la mouture fine coûtent cher, ce lien entre prix et teneur n’étonne qu’à moitié, mais il fournit un premier repère concret au moment de l’achat. Encore faut-il savoir à quelle aune mesurer ces dépassements, car le seuil retenu change tout.

Des seuils sanitaires qui varient du simple au triple

Parler de dépassement suppose un seuil, et les autorités sanitaires ne retiennent pas le même. La valeur française, fixée en 2025, est 3,5 fois plus stricte que la référence européenne, ce qui explique en partie la sévérité du verdict.

RéférenceValeur retenueAnnéePour un adulte de 70 kg
EFSA (Union européenne)143 µg par kilo et par jour2008Environ 10 mg par jour
Anses (France)40 µg par kilo et par jour20252,8 mg par jour
Teneur maximale réglementaire dans l’UEAucuneNon fixéeAucun plafond légal

D’après l’étude de l’alimentation totale publiée par l’Anses en 2026, 39 % des adultes dépassent déjà les 40 microgrammes quotidiens, toutes sources confondues. Une tasse de matcha chargée ne part donc pas de zéro : elle s’ajoute à une exposition déjà élevée pour une large part de la population, ce qui rend le choix du produit d’autant plus déterminant.

Les critères qui comptent au moment d’acheter

Faute de plafond légal, le tri revient au consommateur devant le rayon. Plusieurs repères, tirés du test et de la réglementation, aident à écarter les poudres les plus risquées ou les moins transparentes :

  • Le prix : une poudre très bon marché doit alerter, puisque les moins chères du panel sont aussi les plus contaminées sur la plupart des critères ;
  • La liste des ingrédients : une préparation pour latte peut associer le matcha à du sucre ou à du lait en poudre, et la part réelle de thé s’y lit en pourcentage ;
  • L’usage prévu : une poudre vendue pour la pâtisserie n’a pas vocation à remplir une grande tasse chaque matin ;
  • Les promesses de l’emballage : aucune allégation de santé n’est autorisée à ce jour dans l’UE pour les thés, et les mentions sur la tonicité ou l’immunité relèvent d’allégations encore en attente d’évaluation ;
  • L’origine : le Japon comme la Chine cultivent le théier sur des sols riches en aluminium, donc un pays ne rassure pas à lui seul, mais un producteur et un numéro de lot signalent une filière traçable.

Aucun de ces critères ne garantit une poudre peu chargée, puisque la teneur en aluminium ne figure sur aucun paquet. Le comparatif détaillé de Que Choisir reste le moyen le plus direct de connaître le classement référence par référence, dans un marché où la demande tire les prix vers le haut.

Un marché sous tension qui favorise les poudres bon marché

La vogue du matcha a pris de court la filière japonaise. Selon l’Association japonaise de production de thé citée par Reuters, le Japon a produit 5 336 tonnes de tencha en 2024, près de 2,7 fois plus qu’il y a dix ans, sans parvenir à suivre la demande.

Les récoltes n’ont rien arrangé. Un producteur de sixième génération interrogé par l’agence n’a récolté que 1,5 tonne de tencha au printemps 2025, contre deux habituellement, après un été trop chaud pour ses théiers. Aux enchères de mai 2025, le kilo de tencha s’est négocié 8 235 yens, en hausse de 170 % sur un an.

La demande, elle, ne faiblit pas : le marché devrait encore croître de 53 % d’ici à 2029, selon The Economist. Cette tension entre une offre rare et une clientèle en plein essor ouvre la porte à des poudres vendues sous le même nom à des prix bien inférieurs, précisément la catégorie que le test place en bas du classement.

Une question de dose plus que d’interdit

Le risque tient moins à une tasse isolée qu’à l’accumulation, jour après jour, d’un métal neurotoxique. L’EFSA estime que moins de 1 % de l’aluminium avalé est absorbé par voie digestive, un chiffre qui relativise l’alerte sans l’effacer quand 39 % des adultes dépassent déjà le seuil français. Le raisonnement rejoint celui qui prévaut pour le cadmium retrouvé dans les pâtes ou pour le mercure du thon en boîte : c’est la répétition qui fait la dose.

Entre le bol du matin, le latte servi dans des gobelets jetables eux aussi scrutés et les pâtisseries vertes, les occasions d’en consommer se multiplient. L’absence de teneur maximale européenne laisse pour l’instant la charge du tri aux seuls acheteurs, tandis que Que Choisir réclame des plafonds réglementaires. D’ici là, l’étiquette, le prix et la fréquence de la tasse dessinent le vrai niveau d’exposition de chacun.


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