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- Que reprochent Yuka et Que Choisir Ensemble aux mentions « sans » ?
- Quels produits de grandes marques sont épinglés ?
- Une mention « sans colorant » garantit-elle un produit sans additifs ?
- Les additifs présents dans ces produits posent-ils un risque pour la santé ?
- Ces allégations « sans » sont-elles légales ?
- Comment repérer l’additive washing sur une étiquette ?
- Vers un encadrement plus strict des mentions « sans »
Sur un paquet de madeleines ou la barquette d’un cordon bleu, la promesse s’affiche en lettres claires : « sans colorant », « sans conservateur », « sans exhausteur de goût ». Pour qui remplit son chariot en vitesse, ces mentions font office de raccourci, le signe d’une recette plus simple et plus saine. Le 3 novembre 2026, Yuka et Que Choisir Ensemble ont pourtant épinglé vingt produits de grandes marques qui affichent ce type d’allégation tout en contenant d’autres additifs.
Les deux organisations ont baptisé cette pratique additive washing, sur le modèle du greenwashing : mettre en avant l’absence d’une famille d’additifs pour faire oublier la présence des autres. Elle prospère sur la méfiance croissante envers les aliments ultra-transformés. Une mention « sans » sur l’emballage suffit-elle, dès lors, à garantir un produit sans additifs ?
Que reprochent Yuka et Que Choisir Ensemble aux mentions « sans » ?
Ils leur reprochent de tromper sur la composition réelle. Les vingt produits relevés le 3 novembre 2026 vantent l’absence d’un additif précis, mais contiennent jusqu’à huit additifs dans une même recette. Tous sont des aliments ultra-transformés, et plusieurs visent directement les enfants, des bonbons aux sirops.
Le mécanisme repose sur l’effet de halo. Selon une étude publiée en 2018 dans Food Quality and Preference auprès de près de 2 000 personnes dans quatre pays européens, dont la France, un produit portant une mention « sans » est jugé plus sain qu’un produit identique qui n’en porte pas. Les madeleines Nature de Ker Cadélac affichent ainsi « sans colorant, sans conservateur », le sandwich Le Moelleux de Daunat une « sauce sans conservateur ».
Quels produits de grandes marques sont épinglés ?
Vingt références de marques nationales et de distributeurs sont visées, de Haribo à Knorr en passant par Pasquier. Quatre enseignes y figurent avec leur propre marque : U, Intermarché, E.Leclerc et Carrefour. Les rayons concernés vont de la viennoiserie aux plats cuisinés, avec une forte présence de produits pour enfants.
- Gâteaux et viennoiseries : madeleines Ker Cadélac, pains au chocolat Pasquier, blinis cocktail Blini ;
- Confiserie et boissons : Miami Pik de Haribo, Monster Munch de Vico, sirop Menthe verte Moulin de Valdonne ;
- Plats et surgelés : cordon bleu Père Dodu, pommes noisettes Findus, riz cantonais Ben’s Original, burger Président, sandwich Daunat, wraps Old El Paso ;
- Épicerie et desserts : bouillon Knorr, béchamel Elle & Vire, flan Alsa, Panier de Yoplait 0 % ;
- Marques de distributeurs : maquereaux moutarde U, sauce frites Bouton d’Or, saucisses Tradilège, tartiflette Carrefour Extra.
La présence de Tradilège a de quoi surprendre. Au test de 60 Millions de consommateurs relayé fin septembre 2026, le jambon Tradilège Label rouge arrivait premier avec 15,4 sur 20 : une même marque peut aligner une référence sobre et une autre bien plus chargée. Reste à comprendre comment un « sans conservateur » peut cacher d’autres additifs sans mentir sur le papier.
Une mention « sans colorant » garantit-elle un produit sans additifs ?
Non, elle ne vise qu’une seule famille. Les additifs se classent selon leur fonction, et Que Choisir Ensemble en retient six grandes familles. Un produit « sans colorant ni conservateur » peut donc légalement contenir des texturants, des antioxydants ou des édulcorants, tous inscrits dans la liste d’ingrédients au dos.
| Famille | Rôle | Codes |
|---|---|---|
| Colorants | Donner la couleur | E100 à E199 |
| Conservateurs | Allonger la conservation | E200 à E299 |
| Antioxydants | Éviter le rancissement | E300 à E399 |
| Texturants | Épaissir, émulsionner | E400 à E499 |
| Exhausteurs de goût | Renforcer la saveur | E600 à E699 |
| Édulcorants | Sucrer sans sucre | E950 à E969 |
Les allégations citées par les associations portent sur les colorants, les conservateurs ou les exhausteurs, aucune sur les texturants de la tranche E400. C’est pourtant là que se trouvent les additifs qui inquiètent le plus les deux organisations.
Les additifs présents dans ces produits posent-ils un risque pour la santé ?
Pour deux familles, les signaux sont sérieux. Cinq produits contiennent l’émulsifiant E471 et sept des phosphates, deux additifs que des travaux publiés entre 2019 et 2024 par l’Inserm et l’Autorité européenne de sécurité des aliments associent à des risques sanitaires, en particulier chez les enfants.
Les mono- et diglycérides d’acides gras, codés E471, ont été étudiés dans la cohorte NutriNet-Santé. Une publication du BMJ de septembre 2023, portant sur 95 442 adultes suivis sept ans, associe une forte consommation d’E471 à un risque cardiovasculaire accru. Une seconde étude, parue dans PLOS Medicine en février 2024, relève chez les plus gros consommateurs un risque de cancer supérieur de 15 %, et de 46 % pour la prostate.
Les phosphates, codés E450 à E452, ont été réévalués en juin 2019 par l’autorité européenne, qui a fixé une dose journalière admissible de 40 mg par kilo de poids corporel. Elle a constaté qu’elle était dépassée en moyenne chez les nourrissons et les enfants, cible justement d’une partie des produits épinglés.
Ces allégations « sans » sont-elles légales ?
Prises à la lettre, elles le sont souvent, et c’est tout le problème. Le règlement européen 1169/2011 interdit pourtant, dans son article 7, toute information qui insiste sur l’absence de certains ingrédients pour suggérer une caractéristique particulière. La frontière entre exactitude et tromperie reste à trancher par les autorités de contrôle.
Six marques ont répondu, dont Ker Cadélac, Old El Paso, Ben’s Original et Coopérative U. Toutes défendent la même ligne : leurs mentions sont exactes et ne portent que sur la catégorie nommée, le reste figurant dans la liste d’ingrédients. Les associations y voient au contraire une stratégie délibérée, comme l’affirme la cofondatrice de Yuka.
En jouant sur ces mentions rassurantes, les industriels exploitent les préoccupations croissantes des consommateurs.
Julie Chapon, cofondatrice de Yuka, communiqué commun avec Que Choisir Ensemble, 3 novembre 2026
Le dossier de Que Choisir Ensemble sur l’additive washing réclame le retrait immédiat de ces allégations et une enquête nationale de la DGCCRF. En attendant, le seul rempart reste la lecture de l’étiquette.
Comment repérer l’additive washing sur une étiquette ?
En retournant systématiquement le paquet. La liste d’ingrédients doit nommer chaque additif par sa catégorie suivie de son nom ou de son code E, et un seul code E suffit à relativiser une promesse « sans ». Les codes compris entre E400 et E499, comme E471 ou E450, signalent des texturants que la façade passe sous silence.
Une liste courte, dont vous reconnaissez chaque ingrédient, vaut mieux qu’un bandeau rassurant, et les dénominations encadrées offrent de vraies garanties : un jambon « supérieur » n’a par exemple pas droit aux polyphosphates qui retiennent l’eau. La vigilance vaut aussi pour les produits réputés sains, comme les yaourts aux fruits garnis de purées aux amidons modifiés et aux arômes.
Les repères de façade ont leurs limites. Le Nutri-Score ne tient pas compte des additifs dans son calcul, ce que rappelle le débat sur son affichage obligatoire, et les applications de notation appliquent leurs propres critères.
Vers un encadrement plus strict des mentions « sans »
Le constat est net : une allégation « sans » décrit ce qui manque, jamais ce qui reste, et elle ne remplace pas la lecture de la liste d’ingrédients. Aucun des vingt produits épinglés n’est exempt d’additifs, alors que leur emballage le laisse entendre au premier regard.
La balle est désormais dans le camp de la DGCCRF, saisie d’une demande d’enquête nationale, et des marques, libres de retirer ces mentions avant toute sanction. Le jour où un « sans conservateur » signifiera une recette réellement sobre, le bandeau en façade retrouvera sa valeur d’information. D’ici là, c’est le dos du paquet qui dit ce que contient vraiment le chariot.
