Cadmium dans les pâtes : 32 paquets sur 36 contaminés, comment limiter votre exposition

L'enquête de rentrée de 60 Millions de consommateurs a détecté du cadmium dans 32 paquets de pâtes sur 36. Les seuils européens restent respectés, mais l'exposition cumulée à ce métal lourd relance la question de ce qu'on met vraiment dans son assiette.

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Les pâtes tiennent une place à part dans les placards français : économiques, rapides à cuisiner et plébiscitées par les enfants, elles s’invitent à la table de deux tiers des Français au moins une fois par semaine. Avec près de 9,3 kg avalés par habitant et par an, ce féculent du quotidien passe pourtant rarement au crible.

C’est l’exercice auquel s’est livré 60 Millions de consommateurs dans son numéro de rentrée, publié le jeudi 27 août 2026. Le magazine a analysé en laboratoire 36 références de spaghetti et de penne vendues en France, et 32 d’entre elles contiennent du cadmium, un métal lourd naturellement présent dans les sols et classé cancérogène. Aucune ne dépasse toutefois les seuils réglementaires européens.

Le résultat a de quoi interroger : puisque les plafonds légaux sont respectés, faut-il pour autant continuer à remplir son assiette de pâtes sans se poser de questions ?

Ce que révèle l’enquête de 60 Millions de consommateurs

Le test a porté sur 18 références de penne et 18 de spaghetti : grandes marques, marques de distributeurs, pâtes classiques, complètes, sans gluten ou enrichies en protéines. Sur les 36 produits passés au laboratoire, 32 renferment des traces de cadmium, à des concentrations très variables d’un paquet à l’autre.

Les écarts sont parfois marqués. Les penne complètes Delverde affichent 0,009 mg/kg, quand les pâtes au blé complet de Barilla grimpent à 0,066 mg/kg pour les penne et 0,071 mg/kg pour les spaghetti, les valeurs les plus élevées relevées. Toutes restent sous le plafond européen fixé à 0,18 mg/kg pour le blé dur.

Deux références sortent totalement indemnes des analyses : les penne sans gluten de Marque Repère, chez E.Leclerc, et celles de l’enseigne U. Le magazine note à l’inverse que 29 paquets sur 36 présentent des taux supérieurs à ceux mesurés au printemps dans les flocons d’avoine, signe d’une contamination qui progresse dans les rayons.

Pourquoi le cadmium se loge dans le blé dur

Le cadmium n’est pas ajouté par les fabricants : il vient de la terre. Naturellement présent dans les sols, il voit sa concentration amplifiée par les engrais phosphatés utilisés en agriculture, avant d’être absorbé par les racines du blé dur au fil de sa croissance. Sa teneur dépend donc surtout de l’origine géographique des céréales, pas de la marque ni du prix.

Ce mécanisme éclaire un paradoxe. Les pâtes complètes et intégrales, souvent perçues comme plus saines, affichent les concentrations de cadmium les plus fortes : le métal se fixe en priorité dans l’enveloppe externe du grain, le son, justement conservé dans ces produits. L’enquête pointe aussi un manque de transparence, 22 références sur 36 ne précisant pas l’origine du blé, à rebours de l’effort de transparence engagé sur le thon.

Des seuils respectés mais une exposition qui s’accumule

Aucun retrait de produit n’est justifié à ce stade, tous les paquets analysés respectant les plafonds légaux. L’attention se porte ailleurs : sur l’exposition cumulée à ce métal lourd, qui s’élimine très lentement de l’organisme et finit par se déposer dans les reins. Le cadmium se retrouve en effet dans de nombreux aliments courants, du pain aux pommes de terre en passant par le chocolat, un risque cumulé déjà mesuré dans le pain et les céréales.

Les données de l’Anses donnent la mesure du problème. L’agence estime que l’alimentation pèse jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium chez les personnes non fumeuses, et que la dose journalière tolérable est déjà dépassée chez 23 à 27 % des enfants. Le métal est classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction.

Il n’existe pas de risque immédiat, mais le danger réside dans le cumul des sources de cadmium. Si l’on mange des céréales le matin, du pain le midi et des pâtes le soir, l’exposition augmente dangereusement.

Patricia Chairopoulos, cheffe de la rubrique alimentation et environnement de 60 Millions de consommateurs, dans l’enquête publiée le 27 août 2026

Comment limiter votre exposition au quotidien

Face à ce constat, les associations de consommateurs invitent à la mesure plutôt qu’à la panique. Le principe tient en un mot : diversifier son assiette pour ne pas concentrer les sources de cadmium sur un même aliment. Quelques réflexes suffisent à réduire l’exposition sans bouleverser ses habitudes.

  • alterner les féculents en glissant du riz, du quinoa, du sarrasin ou des légumineuses dans les menus de la semaine ;
  • varier les marques et les gammes plutôt que d’acheter toujours le même paquet, pour lisser les écarts de teneur ;
  • modérer la part des pâtes complètes, plus chargées en cadmium, sans les bannir pour autant ;
  • regarder l’origine du blé lorsqu’elle figure sur l’emballage, un critère encore trop souvent absent ;
  • tenir compte des autres apports de la journée, comme le pain ou les céréales du petit-déjeuner.

Ces gestes n’effacent pas le cadmium, mais ils répartissent le risque sur des sources multiples au lieu de le concentrer sur un seul produit. La logique rejoint celle qui permet de réduire son exposition aux pesticides dans les fruits et légumes. Pour les familles, l’enjeu est concret : les enfants comptent parmi les plus exposés, comme le rappelle l’Anses.

Faut-il se tourner vers les pâtes sans gluten ?

Puisque les deux seules références totalement propres du test sont sans gluten, la tentation est grande d’en faire la solution. La réalité est plus nuancée. Ces pâtes restent globalement moins chargées en cadmium, mais pas systématiquement : la référence Combino de Lidl grimpe par exemple à 0,058 mg/kg.

Leur profil nutritionnel invite lui aussi à la prudence. Souvent élaborées à base de maïs ou de riz, elles se révèlent plus pauvres en fibres et en protéines, tout en comptant davantage d’additifs. Elles coûtent enfin plus cher, autour de 2 à 3 € le paquet contre 1 à 2 € pour des pâtes classiques, un écart qui pèse sur le budget des familles.

Un dossier qui dépasse le rayon des pâtes

La question du cadmium ne se règle pas seulement au supermarché. Elle remonte jusqu’aux engrais phosphatés, dont la réglementation européenne autorise encore 60 mg/kg de cadmium, quand la norme française tolère 90 mg/kg. L’Anses plaide pour un plafond ramené à 20 mg/kg, un durcissement déjà envisagé à l’horizon 2030.

Derrière ces seuils se joue aussi une dépendance industrielle. Le Maroc, via l’Office chérifien des phosphates, détient environ 70 % des réserves mondiales de phosphates, dont l’Europe dépend largement pour ses rendements agricoles. Abaisser la teneur en cadmium suppose des investissements lourds, susceptibles de se répercuter à terme sur le prix du blé dur, donc des pâtes.

Une proposition de loi adoptée en juin 2026 par les députés vise déjà un étiquetage renforcé et des normes plus strictes. Le débat sur la répartition du coût de cette transition, entre consommateurs, producteurs et pouvoirs publics, ne fait que commencer. En attendant, c’est bien dans les choix de rayon, paquet après paquet, que se dessine une part de l’exposition quotidienne.


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