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L’annuaire : 66 boutiques passées au crible

Aliments ultratransformés : comment repérer au supermarché les rares produits qui y échappent

60 Millions de consommateurs a passé 210 produits du quotidien au crible de l'ultratransformation, et le constat est sévère. Dans quels rayons existe-t-il encore une alternative, et comment la reconnaître au dos de l'emballage ?

Une femme lit la liste d'ingrédients d'un paquet de pain de mie dans un rayon de supermarché, panier au bras
D'après 60 Millions de consommateurs, plus de neuf produits du quotidien sur dix sont ultratransformés : la liste d'ingrédients reste le meilleur outil de tri.
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Pain de mie, biscuits « santé », steak végétal, mousse au chocolat : dans un caddie ordinaire, la plupart de ces produits ont un point commun que l’emballage ne dit jamais. Dans un hors-série paru le 4 novembre 2026, 60 Millions de consommateurs a lu les listes d’ingrédients de 210 produits vendus sous 52 marques nationales et de distributeurs, et le verdict est net : plus de neuf produits sur dix sont ultratransformés.

Un aliment ultratransformé n’est pas simplement un plat cuisiné. C’est un produit fabriqué avec des ingrédients que l’on ne trouve pas dans une cuisine, comme des arômes, des émulsifiants, du sirop de glucose-fructose ou des protéines isolées, selon la logique de la classification Nova qui range les aliments de 1 à 4. Ces produits occupent environ 80 % des rayons et pèsent près de 35 % des calories consommées en France. Comment, dès lors, repérer au supermarché les rares références qui y échappent, et dans quels rayons le choix existe-t-il vraiment ?

Ce que révèle la lecture de 210 étiquettes

L’enquête porte sur 15 familles de produits courants destinés aux adultes, du pain de mie aux burgers végétaux en passant par les desserts lactés. Les enquêteurs ne se sont pas fiés aux allégations de façade : ils ont recherché, ingrédient par ingrédient, les marqueurs d’ultratransformation présents dans chaque recette. Les plus fréquents sont les arômes, la maltodextrine et la lécithine.

Le résultat se lit aussi en nuances. Un tiers des références étudiées ne portent qu’un à trois marqueurs, ce qui les place près de la frontière. Sur l’ensemble de l’enquête, seuls 6 % des produits cumulent plus de sept marqueurs, mais ce chiffre grimpe à 70 % chez les produits végétaux. La différence se joue donc sur la liste d’ingrédients, que l’acheteur peut lire lui-même en quelques secondes, à condition de savoir ce qu’il cherche.

Les cinq signaux à chercher au dos de l’emballage

Les critères retenus par 60 Millions de consommateurs tiennent en cinq signaux simples à repérer en rayon, qui suffisent à classer la plupart des produits :

  • des additifs à visée cosmétique, comme les arômes, les édulcorants ou les émulsifiants ;
  • des sucres industriels, du sirop de glucose-fructose au dextrose ;
  • des nutriments isolés, comme les fibres végétales, les isolats de protéines ou les amidons modifiés ;
  • des ingrédients fragmentés, reconnaissables aux formules « protéines de… » ou « fibre de… » ;
  • une liste de plus de cinq ingrédients pour un produit qui pourrait s’en passer.

Un seul de ces signaux ne condamne pas un produit, mais leur accumulation dessine un aliment conçu en usine plutôt que cuisiné. Deux mousses au chocolat de l’enquête contiennent ainsi des émulsifiants E471 et des carraghénanes E407, deux additifs qui n’ont rien à faire dans une recette maison. Reste à savoir où ces signaux sont omniprésents.

Pain de mie, biscuits, steaks végétaux : des rayons sans échappatoire

Dans certaines familles, chercher le bon produit revient à chercher l’exception qui n’existe pas. Les huit pains de mie analysés portent tous au moins un marqueur, qu’il s’agisse d’une grande marque ou d’une marque de distributeur. Le pain de boulangerie reste, pour le petit-déjeuner, la seule vraie alternative.

Le constat est plus dur encore pour les biscuits vendus comme sains. Les 45 biscuits des marques Gerblé et Bjorg étudiés sont tous ultratransformés, sans aucune exception, malgré une image de produits de régime ou de magasin bio. L’emballage vante des céréales complètes, la liste d’ingrédients aligne fibres ajoutées et arômes.

Les steaks et burgers végétaux ferment la marche, avec sept références sur dix au-delà de sept marqueurs. Pour remplacer la viande, des lentilles, des pois chiches ou du tofu nature offrent les mêmes protéines sans la longue liste d’additifs, pour un prix au kilo souvent inférieur. Heureusement, d’autres rayons laissent une vraie marge de choix.

Skyr, pâte brisée, rillettes : les rayons où le bon choix existe

Sur les 15 familles passées au crible, seules trois offrent une alternative peu transformée facile à trouver. Le tableau ci-dessous rassemble, rayon par rayon, ce que relève l’enquête et le réflexe d’achat qui en découle.

RayonCe que relève 60 MillionsRéflexe d’achat
SkyrNature : lait écrémé et ferments seulement ; aromatisés ultratransformés, sauf le skyr framboise de Siggi’sPrendre le nature et ajouter ses fruits
Pâte brisée7 références sur 9 peu transforméesComparer deux marques au dos du paquet
Rillettes de poissonFamille parmi les trois où le choix existeViser la liste la plus courte
Pain de mie8 références sur 8 avec au moins un marqueurPasser par la boulangerie
Biscuits « santé »45 biscuits Gerblé et Bjorg sur 45 ultratransformésSe méfier de l’allégation de façade

La leçon dépasse ces trois rayons : la version nature d’un produit est presque toujours moins transformée que sa déclinaison aromatisée ou allégée, comme le montraient déjà les yaourts aux fruits épinglés en août par le même magazine. Encore faut-il pouvoir faire confiance aux logos qui guident les achats.

Pourquoi le Nutri-Score ne suffit pas à trier

Le réflexe le plus répandu consiste à se fier à la lettre colorée de la façade. Or le Nutri-Score « ne donne pas d’information sur l’ultra-transformation », rappelle Sophie Coisne, rédactrice en chef adjointe des hors-séries du magazine : il ne mesure que la qualité nutritionnelle du produit, sucre, sel et graisses. Un plat industriel bourré d’additifs peut donc afficher un A, ce que soulignait déjà le débat sur l’affichage obligatoire du logo, rejeté par l’Assemblée nationale en décembre 2025.

Cette nouvelle signalétique devrait ainsi améliorer la compréhension des consommateurs et influencer positivement leurs achats vers les produits les plus sains.

Serge Hercberg, épidémiologiste à l’origine du Nutri-Score, dans le hors-série de 60 Millions de consommateurs paru le 4 novembre 2026, à propos d’un bandeau « ultra-transformé » placé autour du logo

Les allégations « sans » ne valent guère mieux. Le 3 novembre, Yuka et Que Choisir Ensemble dénonçaient des emballages qui vantent l’absence d’un additif pour mieux faire oublier les autres : le riz cantonais Ben’s Original en faisait partie, avec cinq additifs en plus de ceux qu’il affiche absents. Au rayon comme ailleurs, seule la liste d’ingrédients fait foi, et l’enjeu n’est pas que théorique.

Un enjeu de santé désormais documenté

Selon une série de travaux publiée dans The Lancet en novembre 2025, une forte consommation d’aliments ultratransformés augmente de 25 % le risque de diabète de type 2, de 20 % celui de surpoids ou d’obésité et de 18 % celui de maladies cardiovasculaires. Sur 104 études au long cours examinées, 92 associent une consommation élevée à au moins une maladie chronique.

Ces chiffres décrivent des moyennes, pas un danger attaché à chaque paquet. Ils plaident moins pour une chasse aux produits que pour une part plus faible d’ultratransformés dans le panier de la semaine : remplacer le pain de mie par une baguette ou le skyr aromatisé par un nature suffit à faire baisser la moyenne. La question est désormais de savoir si l’étiquette aidera bientôt l’acheteur à faire ce tri.

Vers un bandeau « ultra-transformé » sur les emballages ?

Les associations de consommateurs réclament un repère visible, et l’idée d’un bandeau noir « ultra-transformé » autour du Nutri-Score fait son chemin. Un groupe de conseillers scientifiques de la Commission européenne doit livrer en mars une liste de critères pour définir ces aliments, pendant qu’un panel d’une vingtaine de scientifiques de l’OMS travaille à une liste officielle de marqueurs.

D’ici là, la liste d’ingrédients reste le seul outil fiable, et elle est déjà imprimée sur chaque paquet. Le jour où un logo dira ce que les étiquettes disent déjà en petits caractères, les industriels auront intérêt à raccourcir leurs recettes, et les rayons pourraient changer plus vite que les habitudes de ceux qui les parcourent.


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