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- Que mesure le coût environnemental affiché sur un vêtement ?
- Combien de points pour un tee-shirt, un pull ou un jean
- Les critères pour comparer deux vêtements
- Le prix d’un vêtement ne dit rien de son impact
- Pourquoi l’étiquette reste si difficile à trouver et à comprendre
- Les erreurs qui faussent la comparaison
- Une étiquette dont l’avenir dépend de ceux qui la liront
Un an après son lancement, l’étiquette censée dire ce qu’un vêtement coûte à la planète reste une inconnue pour la plupart des acheteurs. Dans un billet publié le 27 octobre 2026, la présidente de Que Choisir Ensemble dresse un constat sévère : seuls 3 % des consommateurs affirment avoir déjà repéré cet affichage, que l’association appelle Eco-Score textile et que l’administration nomme coût environnemental.
Le principe est pourtant simple. Chaque vêtement reçoit un nombre de points d’impact, calculé sur tout son cycle de vie, de la fibre à la fin de vie, et plus ce nombre est élevé, plus le produit pèse sur l’environnement. Depuis le 1er octobre 2026, ce score peut même être calculé et publié par n’importe qui, sans l’accord de la marque. Comment s’en servir concrètement en rayon ou en ligne, et quels repères chiffrés retenir pour comparer deux articles ?
Que mesure le coût environnemental affiché sur un vêtement ?
Le dispositif repose sur le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 et sur Ecobalyse, le calculateur gratuit développé par l’État. Selon la page du ministère de la Transition écologique consacrée à l’affichage environnemental des vêtements, le score agrège les émissions de gaz à effet de serre, la biodiversité, l’eau, les pollutions et la durabilité. La méthode européenne d’analyse de cycle de vie y est complétée par des critères français, comme le relargage de microfibres ou l’export des vêtements usagés hors d’Europe.
La durabilité ne se limite pas à la solidité du tissu. Le ministère la traduit en un coefficient compris entre 0,67 et 1,45, tiré de la largeur de gamme de la marque et de son incitation à la réparation : un coefficient bas alourdit le score, un coefficient élevé l’allège. L’affichage reste volontaire pour les marques, et l’étiquette porte deux nombres, le coût total et le coût rapporté à 100 g de vêtement. Ces deux chiffres prennent tout leur sens une fois confrontés aux valeurs réellement déclarées.
Combien de points pour un tee-shirt, un pull ou un jean
Le ministère publie chaque mois sur data.gouv.fr le fichier des déclarations. Celui mis à jour le 1er octobre 2026 recense 571 715 références de 163 marques, de quoi établir des repères par type de vêtement. Le tableau ci-dessous rassemble, pour chaque catégorie, la valeur médiane et la fourchette dans laquelle se situent huit articles sur dix.
| Vêtement | Coût médian | 10 % les plus sobres | 10 % les plus lourds | Médiane pour 100 g |
|---|---|---|---|---|
| Chaussettes | 199 points | moins de 90 | plus de 594 | 329 points |
| Tee-shirt ou polo | 747 points | moins de 380 | plus de 1 444 | 474 points |
| Chemise | 740 points | moins de 385 | plus de 1 514 | 349 points |
| Jupe ou robe | 1 168 points | moins de 641 | plus de 2 142 | 390 points |
| Pull | 1 390 points | moins de 689 | plus de 2 638 | 384 points |
| Jean | 2 385 points | moins de 1 463 | plus de 3 546 | 406 points |
| Manteau ou veste | 2 828 points | moins de 1 331 | plus de 5 444 | 422 points |
Deux enseignements ressortent. Dans une même catégorie, l’écart entre un article sobre et un article lourd va du simple au quadruple, parfois davantage : un tee-shirt peut afficher 380 points comme plus de 1 400.
Le coût pour 100 g corrige ensuite l’effet du poids. Un jean totalise trois fois plus de points qu’un tee-shirt, mais à masse égale, le tee-shirt médian pèse davantage, avec 474 points pour 100 g contre 406. Ces repères dessinent une méthode de comparaison en quelques gestes.
Les critères pour comparer deux vêtements
Le score ne se lit pas dans l’absolu : il sert à départager deux articles qui rendent le même service. Plusieurs réflexes permettent d’en tirer une information fiable :
- comparer uniquement des vêtements de la même catégorie, un jean avec un jean, un pull avec un pull ;
- situer le chiffre affiché par rapport à la médiane de sa catégorie, 747 points pour un tee-shirt ou 2 385 pour un jean ;
- regarder le coût pour 100 g quand les deux articles n’ont pas le même poids, par exemple un pull fin et un gros tricot ;
- vérifier l’échelle utilisée, car le Fashion Score de Clear Fashion, repris par certaines marques, note de 0 à 100 et ne se compare pas aux points d’impact ;
- tenir compte de l’usage prévu, puisque la durabilité intégrée au calcul suppose que le vêtement soit porté longtemps.
L’absence d’étiquette ne signifie pas un mauvais score : la démarche étant facultative, trop peu de marques jouent encore le jeu, selon l’association. Elle prive simplement l’acheteur d’un point de comparaison, et c’est là que les écarts entre enseignes deviennent parlants.
Le prix d’un vêtement ne dit rien de son impact
Les données déclarées bousculent quelques idées reçues. Pour les tee-shirts et polos, le coût médian rapporté à 100 g atteint 583 points chez Kiabi et 632 chez Gemo, contre 481 chez Okaïdi, 415 chez Jules et 387 chez American Vintage, d’après le fichier public du 1er octobre.
Le coefficient de durabilité explique une partie de ces écarts. Il s’établit en médiane à 1,13 chez Kiabi et 1,03 chez Gemo, quand de nombreuses marques déclarent le plafond de 1,45 ; chez Superdry, il tombe au plancher de 0,67 et le tee-shirt médian dépasse 960 points pour 100 g. Ce mécanisme rejoint la logique du malus visant l’ultra fast fashion, qui pénalise les gammes pléthoriques renouvelées sans cesse.
L’exemple retenu par Que Choisir Ensemble illustre la difficulté de lecture : une chemise Kiabi affiche 3 244 points, contre 681 pour une chemise Maison Balzac. Encore faut-il savoir ce que représentent ces chiffres, et c’est précisément ce qui manque aujourd’hui aux acheteurs.
Pourquoi l’étiquette reste si difficile à trouver et à comprendre
Les règles d’affichage sont pourtant précises. Selon le ministère, le logo doit être au moins aussi grand que les caractères du prix et peut figurer sur le produit, en rayon ou sur le site de la marque, mais rien n’oblige une enseigne à l’afficher. Selon l’association, 62 % des répondants à son enquête préféreraient une note colorée de A à E, sur le modèle du Nutri-Score.
Un outil que personne ne voit ou que personne ne comprend ne peut pas véritablement aider à choisir.
Marie-Amandine Stévenin, présidente de Que Choisir Ensemble, dans son billet sur le bilan de l’Eco-Score textile publié le 27 octobre 2026
Le changement du 1er octobre 2026 pourrait modifier la donne. Puisque toute personne physique ou morale peut désormais calculer et communiquer le score, des comparateurs ou des associations pourront noter des vêtements que leurs fabricants préfèrent taire. Cette ouverture comporte aussi un risque de confusion, que l’acheteur évite en gardant quelques précautions.
Les erreurs qui faussent la comparaison
La plus fréquente consiste à confondre le score d’un article avec celui d’une marque. Une même enseigne propose des pièces très sobres et d’autres très lourdes, et seule la référence précise compte au moment de l’achat. La seconde erreur tient à l’origine du chiffre : un score publié par un tiers depuis octobre n’a pas forcément été validé par la marque concernée.
Le vocabulaire entretient aussi la confusion. Depuis le 27 septembre 2026, les mentions écologiques vagues sont interdites sur les produits, si bien qu’un nombre de points vérifiable vaut mieux qu’un slogan sur l’étiquette. Comme l’indice de durabilité affiché sur l’électroménager, le score textile ne remplace pas l’essentiel : acheter moins souvent des pièces que l’on gardera.
Une étiquette dont l’avenir dépend de ceux qui la liront
Avec 163 marques déclarantes au 1er octobre, le coût environnemental ressemble encore à un outil réservé aux enseignes qui ont intérêt à le montrer. Le fichier public de plus d’un demi-million de références existe pourtant déjà, mis à jour chaque mois, et il suffit de le consulter pour situer un vêtement dans sa catégorie.
La suite se jouera sur deux terrains : la demande d’une note de A à E portée par les associations, et l’usage que les comparateurs feront du calcul ouvert à tous. Un score qui reste invisible ne change pas les achats, mais un score réclamé en caisse finit par s’afficher sur les rayons.
