Ehpad : trois indicateurs publics pour comparer les établissements avant de choisir

Un décret du 8 août 2026 rend publics le taux d'encadrement, l'absentéisme et la rotation du personnel de chaque Ehpad. De quoi confronter enfin le tarif d'un établissement aux moyens humains dont il dispose réellement.

Voir la table des matières Ne plus voir la table des matières

Choisir un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, plus connu sous le sigle Ehpad, reste l’une des décisions les plus lourdes qu’une famille ait à prendre. Ces structures médicalisées accueillent des résidents qui ne peuvent plus vivre seuls et facturent chaque mois un tarif d’hébergement auquel s’ajoute un tarif dépendance. Jusqu’ici, la plaquette, le prix de la chambre et une visite guidée constituaient l’essentiel de ce qu’une famille pouvait comparer.

Un décret publié le 8 août 2026 déplace la ligne. Pris en application de la loi Bien vieillir d’avril 2024, il oblige chaque établissement à transmettre trois indicateurs de ressources humaines à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, qui les publie sur le portail Pour-les-personnes-agees.gouv.fr. Ces chiffres décrivent le quotidien réel des résidents. Que mesurent-ils exactement, et comment les lire sans se tromper ?

Les trois indicateurs que chaque Ehpad doit rendre publics

Le décret n° 2026-760 du 8 août 2026, complété par un arrêté du même jour, fixe la liste et le mode de calcul des données transmises chaque année. Trois indicateurs de ressources humaines s’ajoutent aux informations déjà affichées sur la fiche de chaque établissement.

  • le taux d’encadrement médical, paramédical et socio-éducatif, qui rapporte les effectifs soignants au nombre de personnes accueillies ;
  • le taux d’absentéisme du personnel, mesuré sur l’année précédente ;
  • le taux de rotation du personnel, qui traduit le renouvellement des équipes sur cette même année.

Ces données proviennent du tableau de bord de la performance du secteur médico-social, que les établissements remplissent déjà. Le ministère du Travail et des Solidarités a retenu cette solution pour ne pas alourdir leur charge administrative, comme l’indique son communiqué du 14 août 2026. Aucune déclaration supplémentaire ne leur est demandée.

Ces trois chiffres complètent cinq indicateurs déjà publiés : chambres individuelles et doubles, places habilitées à l’aide sociale, présence d’un infirmier de nuit ou d’un médecin coordonnateur, équipements, dispositifs d’appui à la coordination. Chaque fiche renvoie désormais vers la dernière évaluation de la Haute Autorité de santé.

Le taux d’encadrement, le chiffre qui pèse sur la journée

Derrière ce terme administratif se cache une question concrète : combien de professionnels sont réellement présents auprès des résidents ? L’indicateur s’exprime en équivalents temps plein pour 100 résidents, ce qui permet de comparer des établissements de tailles différentes. Quelques points d’écart changent une journée entière, du temps consacré à la toilette à la possibilité d’échanger quelques minutes.

Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques publiée en septembre 2025 situait ce taux à 60,2 ETP pour 100 résidents dans les cinq grands groupes privés commerciaux, contre 62,7 dans les autres Ehpad privés et 73 dans le public. Près de treize points séparent le privé commercial du public, soit une dizaine de professionnels de plus dans une structure de 80 places.

Le manque d’effectifs produit des effets que le Défenseur des droits documentait dès mai 2021 : protections posées faute de temps pour accompagner aux toilettes, heures de lever calées sur les plannings, aliments mixés plutôt que coupés. Ces situations tiennent aux effectifs, pas aux intentions, et le nouvel indicateur permet enfin de les anticiper.

Un tarif élevé ne garantit pas davantage de soignants

La même étude rapproche le prix facturé et les moyens humains déployés. Les deux ne progressent pas dans le même sens, ce qui bouscule l’intuition la plus répandue au moment de comparer des devis.

Type d’établissementChambre non habilitée à l’aide socialeEncadrement (ETP pour 100 résidents)
Cinq grands groupes privés commerciaux98 € par nuit60,2
Autres Ehpad privés commerciaux89 € par nuit62,7
Ehpad publics60 € par nuit73

L’écart de 38 € par nuit entre un grand groupe privé et un établissement public représente près de 1 150 € sur un mois, pour un encadrement pourtant inférieur. Les grands groupes proposent en outre moins de places habilitées à l’aide sociale à l’hébergement.

Ce surcoût s’ajoute à un budget de santé déjà sollicité, entre la hausse des cotisations de mutuelle et les dépenses non remboursées. Le tarif affiché ne tranche jamais seul : c’est son rapprochement avec les moyens humains qui donne sa valeur à une comparaison.

Rotation et absentéisme, deux chiffres qui se lisent ensemble

Un taux de rotation élevé signale des équipes qui se renouvellent vite. Pour une personne en perte d’autonomie, et davantage encore en cas de troubles cognitifs, être accompagnée chaque jour par des visages différents complique tout, puisque ses habitudes et ses capacités doivent être réapprises par chaque arrivant. La stabilité vaut autant qu’un effectif suffisant.

Le taux d’absentéisme éclaire la même réalité autrement. Des absences récurrentes trahissent souvent des conditions de travail dégradées ou un épuisement des professionnels, et imposent le recours à des remplaçants qui ne connaissent pas les résidents. L’arrêté du 8 août 2026, qui modifie celui du 13 décembre 2022, précise les méthodes de calcul pour que les établissements soient comparés sur des bases homogènes.

Où consulter ces indicateurs sans tomber sur un annuaire commercial

La recherche commence presque toujours par un moteur de recherche, et les premiers résultats sont des plateformes privées. Ces sites proposent un annuaire et une mise en relation gratuite, mais leur périmètre dépend de leurs partenariats. Aucun de ces annuaires n’est exhaustif.

Une étude de la Répression des fraudes publiée le 14 avril 2026 a porté sur 11 plateformes d’intermédiation. Plusieurs ne précisaient pas clairement leurs liens avec les établissements mis en avant, alors que la réglementation impose une information loyale sur toute rémunération influençant le classement. Un établissement bien placé peut être un partenaire, pas le plus adapté.

L’annuaire public de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie s’appuie, lui, sur le fichier national des établissements sanitaires et sociaux, qui recense tous les Ehpad autorisés quel que soit leur statut. C’est là que les nouveaux indicateurs sont publiés, à côté des prix de séjour. La demande se dépose ensuite via ViaTrajectoire, pendant que se prépare le dossier financier, entre allocation personnalisée d’autonomie, aide sociale et le plafond des franchises médicales.

La visite reste le seul moyen de vérifier ce que les chiffres annoncent

Trois taux publiés en ligne ne remplacent pas une heure passée dans un couloir, à observer le rythme des soignants et la façon dont on s’adresse aux résidents. Les indicateurs servent à ramener une liste de vingt établissements à trois ou quatre ; la visite tranche entre eux. Appeler directement la structure reste le geste le plus utile.

Dans l’urgence, vous pouvez avoir tendance à choisir un établissement uniquement car c’est le mieux situé ou le moins cher, mais n’oubliez pas qu’une entrée en Ehpad se prépare, il faut y penser avant de laisser les fragilités s’installer.

Annabelle Vêques, directrice de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissement et services pour personnes âgées, propos recueillis par Que Choisir, 9 mai 2026

Les situations d’urgence, souvent consécutives à une hospitalisation, laissent peu de place à la comparaison. Les assistantes sociales des hôpitaux et les centres communaux d’action sociale connaissent les places disponibles et orientent utilement. Une recherche engagée avant la crise élargit le choix.

Un arbitrage qui se joue longtemps avant l’entrée

La France comptait environ 7 500 Ehpad et 615 000 places en 2022, pour une population dont les besoins s’alourdissent : les personnes de 60 ans ou plus en perte d’autonomie passeraient d’un peu plus de 2 millions en 2021 à près de 2,8 millions à l’horizon 2050.

La défiance, elle, s’est installée. D’après la Drees, 74 % des Français déclaraient en 2023 ne pas envisager de vivre un jour dans un établissement pour personnes âgées, contre 53 % en 2001. Trois indicateurs ne recruteront pas les soignants qui manquent, mais ce qui devient visible devient plus difficile à ignorer.

La dimension financière, souvent découverte tardivement, complète le tableau : l’aide sociale à l’hébergement se récupère sur le patrimoine du bénéficiaire, comme les frais prélevés sur une succession pèsent sur les héritiers. Le coût d’un Ehpad se règle sur plusieurs années, et il engage bien au-delà du résident.


Vous aimez cet article ? Partagez !


Partagez votre avis