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- Ce que change concrètement le passage de 1,9 à 1,7
- 300 000 logements hors du statut de passoire, sans un seul chantier
- Une aubaine pour les propriétaires bailleurs
- Locataires et acheteurs, les oubliés du recalcul
- Baisser l’étiquette ne fait pas baisser la facture
- Un diagnostic de plus en plus difficile à lire
Le diagnostic de performance énergétique, ce fameux DPE qui classe chaque logement de A à G, s’apprête à changer de règle du jeu une nouvelle fois. Un arrêté signé le 19 août et publié au Journal officiel du 26 août abaisse le coefficient qui sert à convertir l’électricité consommée en énergie primaire, de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Derrière ce chiffre très technique se cache un changement bien concret pour des centaines de milliers de foyers.
Le principe de ce coefficient est simple : pour comparer entre elles des énergies très différentes, le calcul du DPE ramène chaque kilowattheure consommé à sa forme brute, l’énergie primaire, avant transformation et transport. Le gaz, le fioul ou le bois gardent un coefficient de 1, tandis que l’électricité était pénalisée par un facteur bien plus élevé, hérité des années 1970. C’est ce curseur, déjà raboté plusieurs fois, que le gouvernement abaisse encore.
La mesure s’inscrit dans une longue série : le coefficient valait 2,58 il y a quelques années, il est passé à 2,3, puis à 1,9 au 1er janvier 2026, et tombera donc à 1,7 en 2027. À chaque étape, des logements chauffés à l’électricité gagnent une lettre sur leur étiquette sans que rien ne bouge entre leurs murs. Bonne affaire pour les uns, mauvaise surprise pour les autres : à qui profite vraiment ce nouveau tour de vis, et qui risque d’y perdre ?
Ce que change concrètement le passage de 1,9 à 1,7
Concrètement, le nouveau coefficient signifie qu’il faudra désormais compter 1,7 kilowattheure d’énergie primaire, et non plus 1,9, pour produire 1 kilowattheure d’électricité livré au logement. La consommation retenue dans le calcul du DPE baisse ainsi d’environ 10 % pour un bien chauffé à l’électricité, sans qu’un seul radiateur ne soit remplacé.
Ce coup de pouce ne concerne que les logements dont le chauffage, l’eau chaude, ou les deux, fonctionnent à l’électricité : radiateurs, pompe à chaleur, chauffe-eau. Le DPE retient toujours la note la plus défavorable entre deux critères, la consommation d’énergie et les émissions de CO2. L’électricité française étant peu carbonée, c’est presque toujours la consommation qui plombe l’étiquette de ces biens, et donc précisément le point sur lequel joue la réforme.
Le gouvernement assume vouloir corriger ce qu’il présente comme une inégalité de traitement. Selon Que Choisir, l’exécutif juge que la valeur historique du coefficient pénalisait les logements électriques y compris lorsqu’ils avaient fait l’objet de travaux, face à des biens équivalents restés au gaz ou au fioul, pourtant plus émetteurs de gaz à effet de serre.
300 000 logements hors du statut de passoire, sans un seul chantier
L’effet du recalcul est loin d’être anecdotique. Selon l’étude d’impact transmise début août au Conseil supérieur de l’énergie, le nouveau coefficient fera basculer des centaines de milliers de logements hors de la catégorie des passoires thermiques, les classes F et G. Les chiffres avancés donnent la mesure du phénomène :
- 300 000 résidences principales quitteront d’office le statut de passoire au 1er janvier 2027, certaines estimations relayées par la presse spécialisée montant jusqu’à 500 000 logements ;
- environ 125 000 de ces biens appartiennent au parc locatif privé, directement visé par les interdictions de location ;
- ils s’ajoutent aux 275 000 logements loués déjà sortis du statut de passoire au 1er janvier dernier, quand le coefficient était passé de 2,3 à 1,9 ;
- près d’une passoire chauffée à l’électricité sur trois changerait ainsi d’étiquette d’un simple trait de plume réglementaire.
Pour les intéressés, aucun diagnostiqueur ne doit repasser. Il suffira de saisir le numéro de son DPE, inscrit en haut à droite du rapport, sur l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe pour télécharger gratuitement une attestation officielle portant la nouvelle étiquette, valable pour tous les diagnostics réalisés depuis juillet 2021.
Une aubaine pour les propriétaires bailleurs
Pour un propriétaire qui loue, le calcul est vite fait. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location, et les F suivront à partir de 2028. Un bien qui remonte de G à F, ou de F à E, grâce au seul recalcul redevient louable sans le moindre euro de travaux.
Le bénéfice se compte aussi en années gagnées : un logement reclassé en E échappe à l’interdiction de location jusqu’en 2034, ce qui laisse une large marge avant d’engager une rénovation. Alors que les aides à la rénovation énergétique se resserrent, ce nouveau calcul offre une échappatoire immédiate aux bailleurs pressés de remettre un bien sur le marché.
Locataires et acheteurs, les oubliés du recalcul
Du côté des locataires, la nouvelle a un goût amer. Le changement d’étiquette ne réduit ni leur consommation réelle ni le montant prélevé chaque mois : le logement avale toujours autant de kilowattheures. Pire, un bien qui quitte les classes F ou G perd la protection du gel des loyers réservé aux passoires, et son propriétaire n’a plus d’obligation d’engager des travaux.
Les futurs acheteurs ne sont pas mieux lotis. Une étiquette soudain plus flatteuse peut masquer une facture de chauffage bien réelle, présentant le bien sous un jour trompeur alors que sa consommation n’a pas bougé d’un iota. De quoi brouiller un peu plus la lisibilité d’un DPE déjà malmené par ses révisions à répétition.
Ces effets pervers, un collectif d’associations les avait pointés dès le précédent abaissement du coefficient. Réunissant l’UFC-Que Choisir, le réseau CLER, la Fondation pour le Logement, France Nature Environnement ou encore négaWatt, il avait alerté le Premier ministre sur une réforme qui soigne l’étiquette sur le papier plutôt que le confort réel des occupants.
Une telle révision se ferait au détriment des ménages les plus vulnérables et des entreprises du secteur, et ne saurait remplacer une politique ambitieuse de rénovation performante.
Collectif d’associations (UFC-Que Choisir, réseau CLER, Fondation pour le Logement, France Nature Environnement, négaWatt), lettre ouverte au Premier ministre, juillet 2025
Baisser l’étiquette ne fait pas baisser la facture
Un point mérite d’être martelé : améliorer la note du DPE ne change rien au montant qui part du compte en banque. Le logement consomme toujours autant, et seuls deux leviers pèsent vraiment sur la facture de chauffage électrique. Le premier consiste à consommer moins, grâce à un pilotage fin de la température et à des équipements plus performants.
Le second levier tient au prix du kilowattheure lui-même. Comparer les offres reste le geste le plus rapide pour reprendre la main, surtout après la hausse des tarifs réglementés intervenue cet été. Regarder du côté des offres de votre fournisseur ou d’une meilleure option tarifaire peut rapporter davantage, à court terme, qu’une lettre grappillée sur le diagnostic.
Un diagnostic de plus en plus difficile à lire
À force de bouger tous les douze mois, le curseur du DPE finit par interroger la valeur même du diagnostic. Trois abaissements du coefficient en quelques années, c’est autant d’étiquettes qui changent sans que la réalité thermique des logements évolue, au risque d’entamer la confiance des ménages dans un outil censé éclairer leurs choix.
Le débat est d’ailleurs loin d’être clos. Le projet de loi « Relance et décentralisation du logement », adopté en première lecture au Sénat début juillet et attendu chez les députés à l’automne, prévoit déjà d’autoriser la remise en location de certains logements G contre un simple engagement de travaux. Entre allègements comptables et obligations repoussées, c’est tout l’équilibre de la rénovation énergétique qui se rejoue, logement par logement.

