Éducation financière : le passeport EducFi devient obligatoire en 4e à cette rentrée

Depuis la rentrée, tous les élèves de 4e suivent un cours d'éducation financière obligatoire. Derrière le passeport EducFi se joue la manière dont une génération apprendra à gérer un budget, un crédit et à déjouer les arnaques.

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Depuis la rentrée, tous les élèves de quatrième suivent un enseignement qu’aucune génération n’avait connu de façon systématique : un parcours d’éducation économique, budgétaire et financière. Baptisé passeport EducFi, ce dispositif piloté par la Banque de France quitte le stade de l’expérimentation pour devenir un passage obligé du collège. L’objectif affiché est de donner aux adolescents les repères pour gérer un budget, comprendre un crédit et déjouer les pièges avant d’y être confrontés pour de bon.

Le calendrier n’est pas neutre. Les Français s’endettent davantage, les fraudes se multiplient et une part croissante des jeunes se tourne vers des sources peu fiables pour parler d’argent. L’école devient donc le premier lieu où l’on apprend, à 13 ou 14 ans, ce qu’est un relevé de compte ou un taux d’intérêt. Mais que recouvre concrètement ce cours, et suffira-t-il à armer vos enfants face à des décisions financières de plus en plus précoces ?

Un dispositif qui sort de l’expérimentation

Le passeport EducFi n’est pas né cette année. Lancé en 2019 dans le cadre de la stratégie nationale d’éducation économique, budgétaire et financière, il n’a longtemps concerné qu’une dizaine de milliers d’élèves de collège et de seconde professionnelle. La rentrée 2026 change d’échelle : le dispositif devient la règle pour l’ensemble d’une classe d’âge.

Le saut est considérable. La formation touchait jusqu’ici entre 300 000 et 350 000 élèves par an ; elle vise désormais la totalité des quelque 800 000 élèves de quatrième scolarisés en France. D’après la Banque de France, 1,8 million de jeunes ont déjà été sensibilisés depuis la création du programme, un socle sur lequel s’appuie la généralisation.

Cette montée en puissance répond à un diagnostic partagé. Le niveau de culture financière des Français progresse depuis 2021, mais reste modeste : il atteint 12,82 sur 20 selon l’enquête menée par l’OCDE en janvier 2026. Assez pour installer durablement l’éducation financière dans le parcours scolaire, pas encore pour s’en satisfaire.

Ce que votre enfant va apprendre sur l’argent

Le programme ne se limite pas à des notions théoriques : il vise des compétences directement utiles au quotidien. Les ateliers s’organisent autour de cinq grands domaines que tout adolescent croisera tôt ou tard :

  • la gestion d’un budget, pour distinguer un besoin d’une envie et suivre ses dépenses courantes ;
  • les moyens de paiement, de la carte bancaire au sans-contact, avec leurs avantages et leurs risques ;
  • le crédit et le taux d’intérêt, afin de saisir ce que coûte réellement un achat financé à tempérament ;
  • l’épargne, pour comprendre pourquoi et comment mettre de l’argent de côté ;
  • la protection contre les arnaques financières et les pratiques commerciales trompeuses.

Ces thèmes ne sont pas choisis au hasard. Ils correspondent aux premières décisions d’argent que prennent les adolescents, souvent seuls, entre argent de poche et achats sur internet. La logique est préventive autant que pédagogique : mieux vaut poser les repères avant les premiers faux pas.

Deux heures d’ateliers et un passeport dans le livret scolaire

Concrètement, l’éducation financière ne devient pas une matière à part entière dotée d’un professeur attitré. Elle prend la forme d’ateliers de deux heures, intégrés de façon transversale à la vie de l’établissement et animés par des enseignants ou des membres de l’équipe éducative, par souci de neutralité. À l’issue du parcours, l’élève passe une évaluation, souvent organisée en mars lors de la Semaine de l’éducation financière, et reçoit une attestation.

Ce passeport n’a rien d’anecdotique : il sera inscrit dans le livret scolaire, au même titre que les autres étapes de la scolarité. Les questions de banque et de paiement y trouvent une place que les familles connaissent bien, elles qui suivent déjà de près le préavis désormais imposé avant une hausse des tarifs bancaires. Le ministre de l’Éducation nationale a insisté sur ce caractère systématique.

Nous allons passer de 300-350 000 élèves formés par an à l’ensemble des 800 000 élèves de 4e dès la rentrée prochaine. Toute génération aura son passeport EducFi, qui sera inscrit dans le livret scolaire comme une étape normale de la formation des élèves.

Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, à l’annonce de la généralisation du passeport EducFi, le 6 mai 2026

Pourquoi cibler la classe de quatrième

Le choix de la quatrième tient à l’âge des élèves. À 13 ou 14 ans, les adolescents commencent à manier de l’argent de façon plus autonome : argent de poche, premiers achats en ligne, parfois premiers abonnements. C’est le moment où les repères manquent le plus, alors même que les sollicitations se multiplient.

La dimension préventive est assumée. Surendettement, crédit renouvelable, influenceurs vantant des placements douteux, faux bons plans : les risques s’accumulent avant même la majorité. Le récent tour de vis sur le paiement fractionné montre à quel point le crédit s’est banalisé dans les achats courants, y compris chez les plus jeunes.

Les chiffres nourrissent l’inquiétude. Selon une étude CSA réalisée en janvier 2026 pour l’OCDE et la Banque de France, 57 % des Français déclarent s’endetter, contre 51 % en 2023, et 38 % des 18-24 ans disent avoir déjà consulté une intelligence artificielle pour obtenir des conseils financiers. Les mineurs, eux, sont exposés aux mêmes faux sites de vente dopés à l’intelligence artificielle que leurs parents.

Collège, lycée et voie professionnelle : un déploiement progressif

La généralisation en quatrième n’est qu’une première marche. Le calendrier prévoit une extension du dispositif aux autres cursus, avec des volumes horaires adaptés aux besoins de chaque public. Le tableau ci-dessous récapitule les trois grandes étapes du déploiement :

Public concernéVolume de formationCalendrier
Élèves de quatrièmeDeux heures d’ateliersGénéralisé à la rentrée 2026
Voie professionnelleDouze heures dans le programmeRenforcement prévu en 2027
Lycée général et technologiqueSessions de sensibilisationExpérimentation à partir de 2027

La voie professionnelle bénéficie d’un volume horaire nettement supérieur. Ses élèves entrent plus tôt dans la vie active et leurs besoins financiers sont, selon la Banque de France, plus immédiats et plus concrets. La logique n’est donc pas uniforme, mais graduée selon la proximité de chacun avec les décisions d’argent.

Un chantier qui dépasse la salle de classe

L’école n’est qu’un volet d’une stratégie plus large. Le plan d’action 2026-2027 mise aussi sur un label garantissant des contenus fiables, sur un projet européen d’intelligence artificielle dédiée à l’éducation financière et sur la nomination d’ambassadeurs, dont le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. La France intégrera par ailleurs un volet culture financière à l’enquête internationale PISA de l’OCDE en 2029, pour mesurer les progrès réels.

Reste une inégalité que ces mesures veulent corriger. En 2025, les femmes étaient deux fois moins nombreuses que les hommes à investir en Bourse via un compte-titres ou un plan d’épargne en actions : 24 % contre 45 %. En installant l’éducation financière dès le collège, les pouvoirs publics parient sur une génération qui abordera l’argent avec des réflexes que beaucoup d’adultes n’ont jamais eu l’occasion d’acquérir.


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