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À chaque passage chez le médecin, chaque boîte de médicament avalée ou chaque trajet en ambulance, une petite somme reste dans votre poche et n’est jamais remboursée. Ces prélèvements discrets portent un nom technique, les franchises médicales et les participations forfaitaires, et alimentent depuis l’été un vif bras de fer entre le gouvernement, les associations de patients et les mutuelles.
Fin juillet, l’exécutif annonçait vouloir doubler le plafond annuel de ces sommes, en le faisant passer de 100 à 200 € par an. Face à la levée de boucliers, la ministre de la Santé a fait machine arrière le 20 août, tout en laissant entrevoir une hausse plus modérée. Reste une question simple pour les assurés : qu’est-ce qui va vraiment changer pour votre budget santé ?
Des sommes qui restent à votre charge, à chaque soin
Avant de parler de hausse, encore faut-il comprendre ce que recouvrent ces deux dispositifs, souvent confondus. Pensés à l’origine pour responsabiliser les assurés, ils s’appliquent à presque tous les actes de la vie courante et ne sont couverts ni par l’Assurance maladie, ni par les complémentaires santé. Voici ce que vous réglez aujourd’hui, sans même toujours y prêter attention :
- une participation forfaitaire de 2 € sur chaque consultation chez le médecin ou le spécialiste, comme sur les analyses et les examens de radiologie ;
- une franchise de 1 € par boîte de médicament et par acte paramédical, chez l’infirmier ou le kinésithérapeute par exemple ;
- une franchise de 4 € pour chaque transport sanitaire, qu’il s’agisse d’un trajet en ambulance ou en taxi conventionné ;
- un plafond annuel de 50 € pour chacune de ces deux catégories, soit 100 € au maximum par personne et par an.
Ces montants paraissent modestes pris isolément, mais ils s’additionnent vite pour qui multiplie les rendez-vous. Une personne suivie pour une maladie chronique atteint le plafond de 100 € en quelques mois, sans que sa mutuelle ne puisse lui rembourser un centime de ces prélèvements.
Ce que prévoyait le doublement du plafond
Le projet présenté fin juillet ne touchait pas au montant prélevé sur chaque acte, déjà en vigueur, mais au cumul annuel maximal supporté par chaque assuré. Le tableau ci-dessous résume le saut qui était envisagé pour un patient seul.
| Dispositif | Plafond actuel | Plafond envisagé |
|---|---|---|
| Participations forfaitaires (médecin, examens) | 50 € | 100 € |
| Franchises (médicaments, transports) | 50 € | 100 € |
| Total par personne et par an | 100 € | 200 € |
Pour un couple ou une famille où plusieurs personnes se soignent régulièrement, la facture cumulée grimpe d’autant. En simulant une économie d’un milliard d’euros obtenue par une telle hausse, une étude de la Drees citée par Que Choisir montrait que les foyers modestes seraient les plus pénalisés, surtout lorsqu’ils comptent une personne en mauvaise santé.
Un été de contestation, puis la reculade
La mesure n’est pas passée. Associations de patients, soignants et mutuelles ont dénoncé d’une même voix un transfert de charges vers les malades, en plein cœur de l’été. Une tribune signée par une quarantaine d’associations de patients a fustigé une rupture d’équité pour les personnes précaires et les malades chroniques.
Devant la fronde, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé le 20 août qu’elle renonçait au doublement, reconnaissant que ce choix avait pu, selon ses mots, apparaître brutal. Elle a toutefois précisé que le gouvernement comptait toujours relever les plafonds, mais dans une bien moindre mesure qu’annoncé.
L’exécutif évoque désormais une correction alignée sur l’inflation depuis 2005, sans avancer de chiffre précis. Cette absence de montant laisse planer un doute sur l’ampleur réelle de la future hausse, un flou que les mutuelles jugent difficile à interpréter.
Les mutuelles saluent le recul mais restent sur leurs gardes
Du côté de la Mutualité française, qui fédère la plupart des complémentaires santé, le soulagement domine. Son président a salué une décision qui épargne, pour l’instant, les assurés les plus fragiles. Il a néanmoins prévenu que rien n’était définitivement acquis, le gouvernement conservant l’intention d’augmenter les plafonds.
C’était avant tout une sanction contre les personnes malades, et avant tout celles porteuses de pathologies chroniques.
Eric Chenut, président de la Mutualité française, lors d’une conférence de presse le 21 août 2026
Le responsable pointe surtout le maintien d’un autre chantier ouvert cet été : le transfert vers les complémentaires de dépenses aujourd’hui prises en charge par l’Assurance maladie. Un glissement qui, à ses yeux, finira par peser sur les cotisations des adhérents plutôt que sur les comptes publics.
Les déremboursements, l’autre bataille du budget santé
Derrière les franchises, une seconde mesure inquiète tout autant les défenseurs des consommateurs. Le gouvernement veut réduire la part remboursée par l’Assurance maladie sur plusieurs postes, en la transférant mécaniquement vers les mutuelles. Les médicaments jugés peu efficaces par la Haute Autorité de santé se retrouvent en première ligne de ces déremboursements.
Les produits à service médical rendu faible, comme la Bétadine ou les bains de bouche, passeraient d’un remboursement de 15 à 5 %, tandis que ceux à service médical moyen tomberaient de 30 à 15 %. Les soins dentaires et les transports sanitaires, eux, seraient couverts à 50 % au lieu de 60 % par la Sécurité sociale.
Ce jeu de vases communicants n’a rien d’anodin pour votre portefeuille. Les complémentaires répercutent tôt ou tard ces charges nouvelles, comme l’a illustré la flambée des cotisations de mutuelle déjà observée cette année malgré le gel promis dans la loi. Ajoutée à la hausse continue des primes d’assurance, cette dérive rogne un peu plus le pouvoir d’achat des ménages.
Ce qui reste en suspens pour les assurés
Le recul du gouvernement ferme une porte sans en tourner la serrure. Le principe d’une hausse demeure, son montant reste inconnu, et les décrets attendus cet automne diront l’ampleur réelle de l’effort demandé aux patients. Les arbitrages du budget 2027 pourraient encore rebattre les cartes dans les prochaines semaines.
Pour les foyers qui cumulent soins réguliers et cotisations en hausse, l’équation santé se tend un peu plus chaque année. Suivre l’évolution de ces plafonds et comparer les garanties de sa complémentaire deviennent des réflexes précieux dès lors que chaque euro de reste à charge compte dans un budget déjà serré.

