Médicaments périmés : peut-on encore les prendre après la date ?

Quatorze laboratoires et l'ANSM s'engagent à prolonger la durée de vie de certains médicaments. De quoi rouvrir une question du quotidien : que valent vraiment les dates de péremption des boîtes rangées dans notre armoire à pharmacie ?

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Une boîte de paracétamol oubliée au fond d’un tiroir, un sirop entamé l’hiver dernier, un tube de crème dont la date est dépassée de quelques mois : le premier réflexe consiste presque toujours à filer à la poubelle. La date de péremption d’un médicament renvoie pourtant à une notion précise, la période pendant laquelle le fabricant garantit son efficacité et son innocuité, et non à une bascule soudaine vers la toxicité.

Le sujet dépasse largement l’armoire à pharmacie familiale. Chaque année, des milliers de tonnes de médicaments sont détruites alors qu’une part importante reste parfaitement utilisable, et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient d’annoncer une expérimentation avec quatorze laboratoires pour allonger la durée de conservation de certaines spécialités. Faut-il alors vraiment jeter un médicament dès que sa date est passée ?

Que veut dire la date de péremption sur une boîte de médicament ?

La date de péremption correspond à la limite jusqu’à laquelle le laboratoire garantit que le médicament conserve la totalité de son efficacité et de sa sécurité. Fixée lors de la mise sur le marché, elle dépasse rarement cinq ans : moins de 10 % des spécialités affichent aujourd’hui une durée de conservation supérieure.

Cette limite n’a rien d’un couperet sanitaire. Elle traduit un engagement commercial et réglementaire du fabricant, qui cesse au-delà de s’engager sur la teneur exacte en principe actif, sans que le produit devienne dangereux du jour au lendemain. À la différence des dates inscrites sur les produits alimentaires, elle ne signale pas un risque microbiologique immédiat mais la fin de la garantie du laboratoire.

Peut-on prendre un médicament après sa date de péremption ?

Pour la grande majorité des comprimés et gélules secs, la réponse est oui, sans danger notable dans les mois qui suivent la date. Un test publié par Que Choisir en septembre 2024 a même établi que certains médicaments restaient actifs jusqu’à trente ans après la date imprimée sur la boîte. Quelques formes sensibles font toutefois exception.

Ce constat vaut d’abord pour les formes sèches et stables, conservées à l’abri de la chaleur et de l’humidité. La perte d’efficacité y est très progressive, car un principe actif ne se volatilise pas à minuit le jour de la date. Les autorités sanitaires rappellent néanmoins qu’un médicament mal conservé se dégrade bien plus vite, quelle que soit la date affichée.

La prudence reste de mise dès qu’un doute existe sur l’aspect, l’odeur ou la texture du produit. Un comprimé friable, une gélule collée, une solution troublée doivent partir au rebut. Pour un traitement qui engage le pronostic vital, mieux vaut ne jamais miser sur un médicament périmé et demander conseil à son pharmacien.

Les médicaments avec lesquels il ne faut pas prendre de risque

Si beaucoup de médicaments tolèrent un dépassement de date, certaines familles imposent une règle stricte, celle de ne pas les utiliser au-delà de la péremption, ni même parfois après ouverture. Ces produits perdent leur fiabilité rapidement ou présentent un risque direct, ce qui justifie une vigilance particulière avant toute réutilisation.

  • les formes liquides entamées, sirops, gouttes et solutions buvables, dont la stabilité chute une fois le flacon ouvert ;
  • les collyres et produits ophtalmiques, à jeter en général quatre semaines après ouverture pour écarter tout risque d’infection ;
  • les antibiotiques, dont une dose sous-active favorise l’échec du traitement et les résistances bactériennes ;
  • les médicaments à marge thérapeutique étroite comme l’insuline, les dérivés nitrés ou certains traitements cardiaques, où la moindre baisse de teneur compte ;
  • tout produit dont la couleur, l’odeur ou la consistance a changé, signe d’une dégradation avancée.

Ces cas mis à part, l’immense majorité des comprimés du quotidien ne relève pas de l’urgence sanitaire. Le pharmacien reste l’interlocuteur le plus fiable pour trancher au cas par cas, d’autant qu’il connaît la sensibilité réelle de chaque forme galénique.

Pourquoi quatorze laboratoires vont rallonger la durée de vie des médicaments

Tout est parti d’un constat gênant. Après la saisine de l’ANSM par Que Choisir, l’agence a lancé en 2025 un appel aux industriels volontaires pour prolonger la conservation de leurs produits, avec un triple objectif : réduire le gaspillage, limiter l’empreinte environnementale et amortir le choc des pénuries de médicaments.

Quatorze laboratoires pharmaceutiques ont répondu présent, a annoncé l’agence cet été. Au total, 73 références vont être testées pour confirmer qu’elles gardent leurs propriétés plus longtemps que ne le laissait supposer l’ancienne date limite. Le paracétamol, la lévothyroxine, prescrite pour la thyroïde, ou la mélatonine, utilisée contre les troubles du sommeil, figurent parmi les spécialités concernées, avec des durées envisagées jusqu’à cinq ans.

L’agence y voit un signe encourageant, tout en rappelant qu’une partie du gâchis vient de médicaments rapportés alors qu’ils sont encore valides.

Cette proportion illustre le suivi de nos recommandations visant à rapporter les médicaments en cours de validité à la fin d’un traitement plutôt que de les stocker sur le long terme.

ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), analyse de l’étude sur les médicaments rapportés en pharmacie, 2026

Cet arbitrage renvoie à un débat plus large sur nos habitudes. L’agence surveille aussi d’autres produits de santé vendus hors des circuits classiques, comme ces injections à la mode sur les réseaux sociaux, preuve que la vigilance ne s’arrête pas aux dates de péremption.

Un gâchis chiffré à plus de 500 millions d’euros

Le gaspillage de médicaments a un coût, et il est loin d’être anecdotique. Selon une étude publiée cet été, plus de 7 600 tonnes de médicaments sont rapportées chaque année en pharmacie, dont près de 40 % ne sont même pas périmées au moment où elles rejoignent le circuit de destruction.

La facture pour les finances publiques atteint 517 millions d’euros par an pour des médicaments jamais consommés, dont 278 millions d’euros pour des boîtes encore valides. Ce poids sur l’Assurance maladie s’ajoute à d’autres tensions sur les dépenses de santé des ménages. Les causes sont connues : traitements interrompus, boîtes achetées « au cas où » et jamais ouvertes, ou conditionnements plus grands que la durée du traitement.

Vers une consommation de médicaments plus sobre

Allonger les dates de péremption ne réglera pas tout. Le principal levier se situe en amont, dans la manière dont les médicaments sont prescrits et délivrés. La dispensation à l’unité, qui consiste à ne remettre que le nombre exact de comprimés nécessaires, revient régulièrement dans le débat, en particulier pour les antibiotiques, à la fois fortement gaspillés et sujets aux résistances.

Pour le consommateur, l’enjeu est double : cesser de stocker par précaution des boîtes qui finiront détruites, et tenir une armoire à pharmacie réellement à jour. Entre l’effort des laboratoires, la vigilance des autorités et les gestes de chacun, la fin du réflexe « tout à la poubelle » se dessine, portée par une lecture plus fine des dates et de leur signification.


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