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Après un mois d’août de répit, la facture de gaz repart à la hausse pour des millions de ménages français. Au 1er septembre 2026, le prix repère de vente de gaz publié chaque mois par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) grimpe de 5,6 % pour atteindre 172,05 € par mégawattheure. Ce prix repère n’est pas un tarif imposé : depuis la fin des tarifs réglementés du gaz en 2023, il sert de boussole aux fournisseurs pour bâtir leurs offres et aux abonnés pour les comparer.
Cette nouvelle progression s’inscrit dans une année de fortes secousses sur les marchés de l’énergie, où le prix repère a déjà connu une flambée en mai, un repli en juin, puis une remontée en juillet. Elle tombe à quelques semaines du retour du froid, au moment où les foyers commencent à anticiper leur budget de chauffage. Combien va réellement coûter cette augmentation, et surtout qui va la payer ?
Ce que la CRE a acté pour septembre
La Commission de régulation de l’énergie a arrêté le 10 août le nouveau prix repère de vente de gaz à 172,05 € TTC par mégawattheure, un niveau supérieur de 5,6 % à celui du mois d’août. Ce tarif de référence, révisé chaque mois depuis la disparition des tarifs réglementés, encadre les offres dites indexées, dont le prix suit mécaniquement ses variations.
D’après le régulateur, la hausse touche près de six millions de foyers, soit environ 60 % des abonnés résidentiels au gaz. Ces ménages verront leur facture grimper dès le 1er septembre sans rien changer à leur contrat. La mécanique diffère de la hausse du tarif d’acheminement du 1er août, qui avait, elle, frappé l’ensemble des consommateurs, y compris ceux protégés par un prix fixe.
Qui subit la hausse, qui y échappe
Tous les abonnés au gaz ne sont pas logés à la même enseigne : la hausse de septembre ne concerne qu’une partie d’entre eux, selon le contrat souscrit. Voici les trois profils à distinguer pour savoir si votre facture bouge.
- les abonnés à une offre indexée sur le prix repère, six millions de foyers environ, voient leur tarif progresser de 5,6 % dès le 1er septembre ;
- les abonnés à une offre à prix fixe, près de 40 % des clients, conservent le tarif inscrit dans leur contrat jusqu’à son échéance, souvent d’un à trois ans ;
- les ménages les plus modestes, fréquemment orientés vers les offres les moins chères à court terme, restent les plus exposés à ces révisions mensuelles.
Si les offres à prix fixe sont épargnées cette fois, c’est pour une raison technique : seule augmente la composante liée à l’approvisionnement, celles de l’acheminement n’étant révisées qu’au 1er avril et au 1er juillet. Cette protection demeure toutefois provisoire, puisqu’elle s’arrête à la fin du contrat, quand le tarif sera renégocié aux conditions du marché.
La flambée des marchés derrière le tarif français
Le prix repère se calcule à partir de l’indice TTF néerlandais, la référence européenne du gaz de gros, dont chaque mouvement se répercute sur le tarif français avec environ deux semaines de décalage. Or cet indice a quasiment doublé en six mois. La veille du déclenchement du conflit au Moyen-Orient, le 27 février 2026, il cotait 31,96 € le mégawattheure ; le 10 août, jour de l’annonce, il atteignait 61,70 €.
Cette envolée tient pour l’essentiel à la fermeture du détroit d’Ormuz depuis le 28 février. Le Qatar, dont le gaz naturel liquéfié transite habituellement par ce passage, représente près de 20 % de l’offre mondiale de GNL. Privés d’une partie de leurs approvisionnements, les opérateurs européens se disputent les volumes disponibles, ce qui tire les cours vers le haut et se retrouve, quelques semaines plus tard, sur les factures françaises.
Le régulateur ne laisse guère de place au doute sur l’origine de cette poussée tarifaire.
Cette hausse est entièrement liée à l’augmentation des prix du gaz sur les marchés, alimentée par le conflit persistant au Moyen-Orient.
Commission de régulation de l’énergie, communiqué du 10 août 2026
Ce que la hausse représente sur votre facture
Pour un foyer qui se chauffe au gaz et consomme 12 000 kWh par an, la moyenne nationale, l’augmentation de septembre pèse environ 100 € de plus sur l’année. Sur le réseau de GRDF, qui dessert 95 % des clients résidentiels, l’abonnement chauffage ressort à 360,79 € par an et le kilowattheure à 0,13474 € en moyenne à compter du 1er septembre.
La note varie cependant d’une région à l’autre, le prix du kilowattheure oscillant entre 0,12511 et 0,15353 €. Comparer les offres reste le premier levier pour amortir le choc, comme le montrait déjà notre suivi de la flambée du prix repère au 1er juillet, lorsque la hausse avait atteint 7,4 %.
Des stocks bas qui pèsent sur l’hiver
La véritable inquiétude porte désormais sur les mois à venir. Les réserves européennes de gaz sont remplies à moins de 58 % de leur capacité, selon Gas Infrastructure Europe, un niveau inhabituellement faible à cette période de l’année. Le continent avait déjà terminé l’hiver précédent avec des stocks tombés à seulement 28 %.
La Commission européenne estime malgré tout qu’un remplissage à 80 % avant l’hiver demeure atteignable et qu’il n’existe pas, à ce stade, d’inquiétude immédiate sur l’approvisionnement. L’Union a d’ailleurs réduit sa consommation de gaz de 17 % par rapport à l’avant-guerre en Ukraine. Des réserves plus minces rendent néanmoins le continent vulnérable à la moindre nouvelle tension sur les cours.
Un signal à surveiller avant le retour du froid
La hausse de septembre rappelle combien la facture d’énergie des ménages français dépend désormais d’événements lointains, du détroit d’Ormuz aux niveaux de stockage européens. Révisé chaque mois, le prix repère du gaz est devenu un baromètre de cette dépendance autant qu’un simple outil de comparaison des offres.
Avec des marchés toujours nerveux et des stocks bas, la trajectoire des prochains mois dépendra largement de la durée du blocage au Moyen-Orient et de la rigueur de l’hiver. Pour beaucoup de foyers, l’arbitrage entre offre indexée et prix fixe se posera avec une acuité nouvelle à l’approche de la saison de chauffe, sur fond d’une inflation de nouveau tirée par l’énergie.

