MaPrimeRénov’ : ces travaux qui perdent l’aide monogeste au 1er septembre

À la rentrée, MaPrimeRénov' Monogeste doit voir sa liste de travaux éligibles fondre au 1er septembre. Isolation, ventilation, poêles à bois : les ménages qui rénovent pièce par pièce vont devoir revoir leurs plans.

Voir la table des matières Ne plus voir la table des matières

Chaque été, des centaines de milliers de ménages profitent des beaux jours pour engager des travaux dans leur logement, souvent avec l’aide du dispositif public MaPrimeRénov’. Sa voie la plus simple, appelée MaPrimeRénov’ Monogeste, permet de financer un seul type de travaux réalisé isolément, sans obligation de rénover tout le logement d’un coup. C’est précisément cette porte d’entrée qui va profondément changer à la rentrée.

Un projet de décret, dont la publication est imminente, prévoit de réduire fortement la liste des travaux ouvrant droit à cette aide au 1er septembre 2026. Le texte a été soumis début juillet au Conseil national de l’habitat, qui a rendu un avis défavorable, mais cet avis reste purement consultatif. En toile de fond, un budget MaPrimeRénov’ amputé d’environ 300 millions d’euros et un vaste plan d’électrification présenté fin avril par Matignon. Quels travaux sortiront concrètement du dispositif, et que restera-t-il pour les foyers qui veulent rénover pièce par pièce ?

Les travaux bientôt exclus du parcours monogeste

Le futur décret resserre la porte la plus utilisée par les particuliers. Plusieurs gestes aujourd’hui finançables séparément ne seront plus éligibles au monogeste à compter de la rentrée, alors qu’ils comptent parmi les plus courants :

  • l’installation de poêles fonctionnant au bois ou à d’autres biomasses ;
  • les pompes à chaleur dédiées à l’eau chaude sanitaire, comme les chauffe-eau thermodynamiques ;
  • les systèmes de ventilation, y compris la VMC ;
  • les travaux d’isolation et les équipements de chauffage ;
  • l’eau chaude sanitaire solaire thermique ou par capteurs hybrides, hors Outre-mer.

Ce tour de vis ne sort pas de nulle part. Depuis le début de l’année, l’isolation des murs et les chaudières biomasse ont déjà quitté la liste des monogestes, comme le documente Que Choisir Ensemble. La rentrée prolonge donc une trajectoire entamée plusieurs mois plus tôt, qui rétrécit méthodiquement l’aide accordée aux travaux isolés.

Ce qui reste finançable geste par geste

Une poignée de travaux continueront de donner droit à une aide monogeste. Y figurent l’audit énergétique réalisé hors obligation réglementaire, la dépose ou le comblement d’une cuve à fioul, le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid, et surtout l’installation de pompes à chaleur air-eau ou géothermiques. Ce dernier poste n’a rien d’un hasard : c’est la solution que l’exécutif met en avant dans toute sa politique de rénovation.

Pour les autres chantiers, l’aide ne disparaît pas totalement, mais elle bascule vers un cadre plus exigeant. Un ménage qui voulait simplement remplacer un vieux système de chauffage devra désormais l’intégrer dans une rénovation plus large, ou se tourner vers d’autres dispositifs. Le changement est réel pour ceux qui hésitent encore sur le mode de chauffage à installer avant l’hiver.

Les certificats d’économie d’énergie en relais partiel

Reste une question de taille : les travaux écartés du monogeste seront-ils compensés ailleurs ? Un autre mécanisme, les certificats d’économie d’énergie, pourrait prendre le relais sur certains équipements, à commencer par les chauffe-eau thermodynamiques.

Un projet d’arrêté prévoit de créer une bonification des montants de CEE octroyés aujourd’hui pour l’installation de chauffe-eau thermodynamique, afin de maintenir un soutien public équivalent.

Audrey Zermati, directrice stratégique du groupe Effy, dans Que Choisir Ensemble, le 19 juillet 2026

Cette passerelle a des limites vite atteintes. Elle ne couvrira pas tous les travaux retirés, et sûrement pas l’isolation : aucune compensation via les certificats n’avait été prévue lorsque l’isolation des murs a quitté les monogestes en début d’année, rappelle la même responsable. Les ménages concernés risquent donc de perdre une part réelle d’aide, sans filet de remplacement.

Le parcours accompagné, une porte plus étroite

Officiellement, ce recentrage vise à pousser les particuliers vers le parcours accompagné, dédié aux rénovations d’ampleur. Ce second volet cumule plusieurs travaux et exige un gain de classes au diagnostic de performance énergétique. Le tableau ci-dessous résume ce qui sépare les deux voies :

CritèreMonogesteParcours accompagné
Travaux visésUn geste isolé (PAC air-eau, raccordement réseau…)Rénovation d’ampleur, plusieurs travaux cumulés
Aide maximaleVariable selon le geste financéJusqu’à 32 000 € pour un ménage modeste
Condition de logementListe de gestes réduite au 1er septembreLogement classé E, F ou G au DPE
Délai d’instructionTraitement au dossierAutour de six mois

Le parcours accompagné se paie d’une exigence plus lourde. L’aide maximale plafonne aujourd’hui autour de 32 000 € pour un foyer modeste, soit environ la moitié de ce qui était possible avant l’été 2025, après la suppression du bonus de sortie de passoire énergétique. À la réouverture du guichet fin février, 80 000 dossiers de 2025 attendaient encore d’être validés, avec des délais d’instruction proches de six mois.

Une stratégie tournée vers l’électrification

Ce resserrement s’inscrit dans un cap plus large. Le plan d’électrification présenté fin avril par Matignon, qui compte vingt-deux mesures, fait de la pompe à chaleur l’un de ses piliers pour réindustrialiser le pays et réduire les émissions de gaz à effet de serre. La rénovation énergétique se retrouve alignée sur cet objectif.

Tous les acteurs ne lisent pas cette orientation de la même façon. Selon Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons dont fait partie Que Choisir Ensemble, la véritable intention serait de réduire la rénovation à la seule installation de pompes à chaleur, au détriment du confort d’été et de l’efficacité globale. Le ministère du Logement conteste cette lecture et défend un choix de responsabilité destiné à concentrer l’argent public sur les rénovations les plus efficaces.

Un détail du projet de décret nourrit ces doutes. Le texte repousse au 1er janvier 2028 l’obligation de fournir un DPE pour les gestes restants, si bien que les propriétaires de passoires thermiques pourront continuer à toucher une aide pour poser une pompe à chaleur sans isoler leur logement au préalable. Le paradoxe est réel, alors que la hausse des factures d’électricité rend l’isolation d’autant plus utile.

Ce que l’échéance de septembre impose

Le calendrier devient le vrai sujet. Un foyer qui envisage d’isoler ses combles, de changer sa ventilation ou d’installer un poêle a tout intérêt à surveiller la date de dépôt de son dossier, car la fenêtre du monogeste se referme sur ces travaux au 1er septembre. Passé cette date, le même chantier devra s’inscrire dans une logique de rénovation d’ampleur, plus ambitieuse mais aussi plus longue à enclencher.

Derrière la mécanique des aides se joue une question de fond : peut-on vraiment rénover un logement en misant sur un seul geste, quand le confort d’été devient un enjeu majeur ? Les canicules à répétition rappellent que l’isolation et la ventilation pèsent autant que le chauffage dans le ressenti quotidien, un besoin que l’on retrouve dans les arbitrages pour mieux vivre les fortes chaleurs. Pour de nombreux ménages, les choix des prochaines semaines dessineront, pour des années, la maison dans laquelle ils vivront.


Vous aimez cet article ? Partagez !


Partagez votre avis