Livret A : le taux remonte à 1,7 % au 1er août, ce que ça change pour votre épargne

Bercy a tranché le 15 juillet : le Livret A passera de 1,50 % à 1,70 % au 1er août, sa première hausse depuis 2023. Reste à savoir si ces deux dixièmes de point suffisent à tenir tête à la hausse des prix.

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Le Livret A est le placement le plus répandu de France, détenu par près de 56 millions de personnes. Son principe tient en trois lignes : un capital garanti par l’État, disponible à tout moment, et des intérêts exonérés d’impôt comme de prélèvements sociaux. C’est aussi le seul produit d’épargne dont vous ne négociez rien : ni le plafond, ni les conditions, ni le taux, fixé à Bercy deux fois par an à partir d’une formule de calcul publique.

Depuis le 1er février 2026, cette rémunération plafonnait à 1,50 %, son niveau le plus bas depuis 2022, pendant que les prix continuaient de grimper. Le 15 juillet, le ministère de l’Économie a tranché pour la révision suivante : 1,70 % à compter du 1er août 2026. Reste à savoir ce que ces deux dixièmes de point représentent une fois posés sur votre relevé, et s’ils suffisent à rattraper la hausse des prix ?

Ce que Bercy a annoncé le 15 juillet

Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, a rendu publiques les nouvelles conditions de rémunération des livrets réglementés, sur recommandation d’Emmanuel Moulin, nouveau gouverneur de la Banque de France. Le taux du Livret A passe donc de 1,50 % à 1,70 %, sa première hausse depuis février 2023, après une série de révisions qui n’avaient fait que l’éroder.

Le calendrier n’a rien d’improvisé. La rémunération des livrets réglementés est révisée deux fois par an, au 1er février et au 1er août, ce qui laisse aux épargnants une quinzaine de jours entre l’annonce et son application. La hausse prend acte de la poussée d’inflation du printemps, qui a culminé à 2,4 % sur un an au mois de mai selon l’Insee, sous l’effet de la crise au Moyen-Orient.

Face à l’inflation contenue mais réelle, et aux incertitudes liées à la crise au Moyen-Orient, j’ai décidé de relever le taux du Livret A à 1,7 %.

Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, lors de l’annonce des nouvelles conditions de rémunération des livrets réglementés, le 15 juillet 2026

Le livret de développement durable et solidaire suit mécaniquement le mouvement : son taux est aligné sur celui du Livret A, soit 1,70 % lui aussi au 1er août. Le Livret d’épargne populaire, lui, échappe à cette logique pour des raisons qui tiennent à sa vocation sociale.

La formule qui décide à la place du ministre

Le taux du Livret A ne relève pas d’un arbitrage politique improvisé. Depuis 2021, il résulte d’une formule : la moyenne semestrielle du taux d’inflation et des taux interbancaires à court terme, les €STR, arrondie au dixième de point le plus proche, avec un plancher fixé à 0,5 %. Avec une inflation à 1,52 % en glissement annuel sur les six premiers mois de l’année, la Banque de France a calculé un taux de sortie à 1,7 %.

Aucun coup de pouce n’a donc été appliqué au Livret A : le ministre a suivi la formule au dixième près. Le LEP, à l’inverse, bénéficie d’un correctif discrétionnaire qui le maintient à 2,5 % alors que le calcul menait à 2,2 %. Cette différence de traitement se lit directement dans les montants qui atterriront sur les comptes.

Ce que 0,2 point de plus rapporte concrètement

Deux dixièmes de point, sur un livret, ne se traduisent pas par une révolution de pouvoir d’achat. Voici ce que la hausse produit sur une année pleine, selon le montant que vous laissez dormir :

  • sur l’encours moyen constaté d’environ 7 500 €, le gain annuel supplémentaire atteint 15 € ;
  • sur 10 000 €, les intérêts passent de 150 € à 170 €, soit 20 € de mieux ;
  • sur un livret au plafond de 22 950 €, ils grimpent de 344,25 € à 390,15 €, soit 45,90 € de plus ;
  • ces montants sont nets, aucun impôt ni prélèvement social ne venant les entamer.

L’ordre de grandeur mérite d’être posé sans détour : on parle d’un plein de carburant, pas d’un mois de courses. La contrepartie reste appréciable, puisqu’un placement fiscalisé devrait rapporter davantage en brut pour offrir le même net.

Livret A, LDDS, LEP : trois livrets, trois trajectoires

Les trois grands livrets réglementés ne sont pas logés à la même enseigne au 1er août. Le tableau ci-dessous compare leur rémunération avant et après la révision, ainsi que leur traitement fiscal :

LivretTaux jusqu’au 31 juilletTaux au 1er aoûtFiscalité des intérêts
Livret A1,50 %1,70 %Exonérés
LDDS1,50 %1,70 %Exonérés
LEP2,50 %2,50 %Exonérés

Le LEP conserve ainsi 0,8 point d’avance sur le Livret A, un écart voulu par la Banque de France pour protéger les ménages modestes. Son problème reste ailleurs : 12 millions de Français en détiennent un, alors que la Banque de France estime le nombre de bénéficiaires potentiels à près de 30 millions.

Si vos revenus vous rendent éligible, l’arbitrage se règle en une phrase : le LEP se remplit avant le Livret A, jusqu’à son plafond de 10 000 €. Encore faut-il que le rendement affiché résiste à la comparaison avec la hausse des prix.

Le rendement réel, seul juge de paix

Un taux d’épargne ne dit rien tant qu’on ne le confronte pas à l’inflation. D’après les données définitives publiées par l’Insee le 10 juillet, les prix à la consommation ont augmenté de 1,8 % sur un an en juin 2026, après 2,4 % en mai. Un Livret A à 1,70 % reste donc en dessous, d’un dixième de point.

Le constat n’est pas neuf : nous relevions déjà en juin un taux passé sous la hausse des prix, avec un rendement réel négatif d’environ 0,9 point. La révision du 1er août ramène cet écart à presque rien. Votre épargne cesse de perdre franchement du terrain sans pour autant en gagner.

Ce quasi-équilibre suffit rarement à changer les comportements. Les ménages arbitrent d’abord sur leurs dépenses courantes, et le prix demeure le premier critère dans les rayons pour une majorité de foyers. Un livret rémunéré à 1,70 % ne compense pas un caddie plus cher : il amortit, tout au plus.

Les chiffres de collecte racontent d’ailleurs la même histoire. Depuis le début de l’année 2026, la collecte nette est négative sur les Livrets A, LDDS et LEP, et l’encours du Livret A est repassé sous 445 milliards d’euros. Les épargnants sont allés voir ailleurs, en particulier vers l’assurance-vie, dont l’encours atteignait 2 162 milliards d’euros fin mai, en progression de 5,7 % sur un an.

Une épargne de précaution qui cherche sa place

La comparaison avec l’assurance-vie mérite d’être maniée avec prudence. Le rendement moyen des fonds en euros s’établissait autour de 2,8 % pour 2025, mais il tombe à 2,31 % net une fois les prélèvements sociaux acquittés, ces derniers ayant été portés de 17,2 % à 18,8 % depuis janvier 2026. L’écart avec un Livret A défiscalisé se resserre nettement, au prix d’une disponibilité moindre et d’un capital moins garanti.

Reste que la question posée par cette révision n’est pas vraiment celle du taux. Un Livret A n’a jamais eu pour fonction d’enrichir : il sert à garder trois à six mois de dépenses accessibles en quelques clics, sans risque, pendant que le reste travaille ailleurs. Les banques doivent d’ailleurs désormais prévenir deux mois à l’avance de toute hausse de leurs tarifs, un frais qui grignote parfois plus que ce qu’un livret rapporte. Le vrai arbitrage se joue entre l’argent qui doit rester liquide et celui qui peut être immobilisé, et la hausse du 1er août ne déplace ce curseur que de façon marginale.


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