Crèmes solaires sur Temu, Shein et AliExpress : neuf produits sur dix hors des clous

Que Choisir Ensemble a testé dix crèmes solaires achetées sur Temu, Shein et AliExpress : neuf sont non conformes, entre substances interdites et indices de protection fantaisistes.

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Un flacon à trois euros, une promesse d’indice 50 et la certitude d’être tranquille pour la journée. Derrière son allure de produit d’été anodin, la crème solaire est un cosmétique réglementé dont l’indice mesure la capacité à filtrer les ultraviolets responsables des coups de soleil et des cancers cutanés. Sur les places de marché venues d’Asie, il se vend pourtant au prix d’un paquet de chips.

Que Choisir Ensemble, l’association née de l’ex-UFC-Que Choisir, a publié le 8 juillet 2026 les résultats de tests menés sur dix crèmes solaires achetées sur AliExpress, Shein et Temu. Neuf ne sont pas conformes, et la majorité n’assure tout simplement pas la protection annoncée sur l’emballage. Le constat tombe en pleine saison des vacances, quand des millions de foyers commandent en ligne leur trousse de plage. Que valent réellement ces flacons à bas prix, et que peut faire un acheteur confronté à un étiquetage qui ment ?

Dix produits testés, neuf recalés

L’association a acheté dix crèmes proposées par les trois plateformes chinoises, puis les a soumises à des mesures de protection solaire effective en laboratoire. Aucune ne ressort pleinement satisfaisante. Neuf des dix produits présentent une non-conformité, qu’elle porte sur la composition, sur l’indice réellement délivré, ou sur les deux à la fois.

Les références concernées disent la banalité de ces produits : sticks, sprays et crèmes affichant des indices 50 ou 90, vendus sous des noms de marque interchangeables d’une annonce à l’autre. Le consommateur achète un chiffre imprimé sur un tube, sans aucun moyen de le vérifier.

Trois de ces produits contiennent au moins une substance interdite dans l’Union européenne et n’auraient jamais dû être proposés à la vente. Les autres échouent sur le terrain de l’efficacité, avec des écarts que l’association qualifie d’abyssaux entre la promesse et la mesure. Reste à comprendre comment ces manquements se répartissent.

Trois familles de manquements

Les résultats publiés par Que Choisir Ensemble se rangent en trois catégories, qui recouvrent des risques de nature très différente pour la peau de celui qui s’enduit :

  • trois produits contiennent au moins un ingrédient interdit dans l’Union européenne, ce qui aurait dû suffire à empêcher leur mise en vente ;
  • six produits affichent un écart entre l’indice annoncé et l’indice constaté allant de moins 38 % à moins 98 %, soit une protection réelle comprise entre 2 et 20 dans le meilleur des cas ;
  • un seul produit, de la marque Ouhoe, atteint des valeurs acceptables, mais recourt à l’ethylhexyl methoxycinnamate, un filtre classé perturbateur endocrinien.

Aucune de ces trois familles n’est rassurante. Un indice affiché 50 qui protège comme un indice 2 revient à laisser passer près de la moitié des ultraviolets qu’il prétend arrêter, avec une fausse sécurité en prime : le porteur reste plus longtemps au soleil parce qu’il se croit couvert.

Le cas de la seule crème efficace du panel résume l’impasse. Elle protège, mais avec une molécule sous surveillance renforcée en Europe. Choisir entre un produit qui ne filtre rien et un produit mal composé n’est pas un choix.

Un indice de protection qui n’engage plus personne

Le facteur de protection repose sur une méthode d’essai normalisée : un indice 50 signifie qu’il faut cinquante fois plus d’exposition pour déclencher une rougeur qu’avec une peau nue. C’est un repère technique, et sa valeur ne vaut que si elle a été mesurée puis contrôlée. Nous avions détaillé l’indice de protection affiché sur le flacon et sa traduction concrète sur la peau.

Sur les places de marché en cause, ce repère devient un simple champ de fiche produit, saisi par le vendeur et jamais audité. Certaines références du panel revendiquent un indice 90, valeur qui n’existe pas dans l’échelle européenne, laquelle plafonne l’affichage à 50. L’invention d’un indice inexistant aurait dû déclencher un retrait bien avant l’arrivée du tube dans une salle de bain française.

Des plateformes déjà dans le collimateur des autorités

Ce test n’arrive pas isolé. Que Choisir Ensemble avait déposé dès mai 2024 une plainte auprès de l’ARCOM pour contraindre Temu à respecter la réglementation européenne. En février 2025, une étude conduite avec plusieurs organisations européennes révélait que 81 % des 214 produits testés sur Temu étaient non conformes. Le sujet des crèmes solaires prolonge une série, il ne l’ouvre pas.

Face aux résultats de juillet, l’association a annoncé une nouvelle saisine de l’ARCOM et un signalement à la DGCCRF, en demandant aux autorités de restreindre temporairement l’accès aux trois plateformes. Les intéressées, contactées avant publication, ont indiqué avoir retiré les produits incriminés. Rien ne garantit qu’ils ne réapparaissent pas sous une autre annonce.

Puisque ces plateformes ne peuvent garantir que les produits mis en vente ne présentent pas de danger pour les consommateurs, AliExpress, Shein et Temu doivent donc tout simplement être sanctionnées et leur accès restreint.

Marie-Amandine Stévenin, présidente de Que Choisir Ensemble, communiqué du 8 juillet 2026

La demande est frontale, et elle s’appuie sur un raisonnement de risque systémique. Le problème ne tiendrait pas à quelques vendeurs indélicats, mais au modèle d’une place de marché qui référence des millions d’annonces sans contrôle en amont. Les sanctions déjà prononcées n’ont pas modifié la mécanique, comme le montrent les suites données au dossier Temu.

La responsabilité juridique, elle, reste parfaitement identifiée du côté du produit. Un cosmétique commercialisé en Europe doit disposer d’un dossier d’information, d’un fabricant identifiable et d’une personne responsable joignable au sein de l’Union, quelle que soit la vitrine par laquelle il transite.

Acheter une protection solaire sans jouer à la loterie

Le règlement européen sur les produits cosmétiques impose qu’une personne responsable établie dans l’Union réponde de chaque référence mise sur le marché. La mention figure sur les emballages vendus en pharmacie, en parapharmacie et en grande surface. Son absence est le premier signal d’un produit hors cadre, et elle se repère en quelques secondes.

Le réflexe vaut au-delà de la crème solaire. Les analyses menées sur des gadgets électriques à bas prix aboutissaient au même diagnostic : un prix cassé, une fiche rassurante, et une conformité que personne n’a vérifiée avant la vente. Le cas des cosmétiques est plus direct, puisque le produit s’applique sur la peau.

Pour un signalement, la plateforme SignalConso de la DGCCRF recueille les remontées des consommateurs et alimente les enquêtes des agents. Un tube douteux déjà acheté peut y être décrit, ce qui pèse davantage qu’un avis laissé sous l’annonce, où la modération dépend de la plateforme elle-même.

Ce que la régulation peut encore serrer

Le règlement européen sur les services numériques impose aux très grandes plateformes une obligation d’évaluation et d’atténuation des risques systémiques, sous le contrôle de la Commission européenne et, en France, de l’ARCOM. Trois produits contenant une substance interdite ont franchi la frontière, ce qui constitue en soi une défaillance de dispositif.

Restreindre l’accès à une plateforme est une mesure lourde, rarement employée et discutée. La question posée par l’association est celle du seuil d’alerte à partir duquel un retrait ponctuel cesse d’être une réponse suffisante : combien de tests, sur combien de catégories de produits ?

Un réflexe d’été à réexaminer

La crème solaire occupe une place singulière dans le panier des vacances. Ce n’est pas un accessoire, c’est un dispositif de prévention sanitaire acheté en dernière minute, sur un écran, en comparant des prix plutôt que des compositions. Neuf produits sur dix recalés en laboratoire dessinent le coût réel de cette économie de quelques euros.

Ce que les tests de juillet mettent en lumière dépasse le cas de trois marchands en ligne. Ils interrogent la valeur d’une information produit que plus personne ne garantit tout au long de la chaîne. Sur une plage, cette information se mesure en heures d’exposition et en brûlures évitées, ce qui la rend difficilement négociable.


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