Consommation 2026 : pourquoi quatre Français sur dix prévoient d’acheter moins

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Le mot « déconsommation » s’invite de plus en plus dans les enquêtes économiques françaises et dans les conversations des ménages. Il désigne, simplement, le choix volontaire de réduire ses achats, non par contrainte ponctuelle, mais par arbitrage durable entre ce que l’on garde, ce que l’on reporte et ce que l’on renonce à acquérir. Le mouvement s’accélère nettement à l’approche de 2026, dans un contexte de pouvoir d’achat fragile et de défiance économique qui dépasse les seuls foyers modestes.

Une étude publiée fin 2025 par le cabinet AlixPartners place la France en tête du pessimisme parmi neuf grandes économies, et confirme que 43 % des consommateurs français prévoient d’acheter moins l’année prochaine. Comment ce repli va-t-il se traduire concrètement dans les caddies, sur les sites marchands et dans les rayons des enseignes spécialisées ?

Une étude AlixPartners aux conclusions sans ambiguïté

Le cabinet de conseil a interrogé en novembre 2025 plus de 13 000 consommateurs dans neuf pays, dont 2 004 en France. Allemagne, Italie, Royaume-Uni, États-Unis, Suisse, Chine, Arabie saoudite et Émirats arabes unis complètent le panel. Le résultat est sans appel : les Français se distinguent comme les plus pessimistes de l’ensemble, devant des partenaires européens pourtant confrontés à des tensions économiques comparables.

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Selon AlixPartners, 43 % des sondés français déclarent vouloir réduire leur consommation en 2026, 46 % prévoient de la maintenir et seulement 11 % envisagent de consommer davantage. Olivier Abtan, partner et managing director chez AlixPartners, observe que cette tendance était déjà visible en 2024 mais s’est aggravée au fil de 2025, avec une diffusion inquiétante du repli à des catégories de ménages qui, jusque-là, conservaient une marge de manœuvre.

Plus encore que l’amplitude du pessimisme, c’est sa nature qui interpelle. Quand un consommateur italien arbitre, il reporte parfois un achat ; quand un consommateur français arbitre, il renonce de plus en plus souvent purement et simplement. La différence change tout pour les marques, les distributeurs et le commerce en ligne, qui voient se rétrécir le réservoir d’achats simplement décalés dans le temps.

L’électroménager et la maison en première ligne

Les arbitrages se concentrent d’abord sur les produits non alimentaires. Selon l’étude, l’électroménager, l’équipement du foyer et les articles de sport sont les premiers postes que comptent comprimer les 43 % de ménages français déclarés moins consommateurs. Renouveler le lave-linge, racheter un canapé, s’équiper en matériel de course ou de fitness : autant de décisions qui glissent vers le bas de la liste des priorités.

Le phénomène se double d’un changement de regard sur la durée d’usage. De nombreux foyers cherchent désormais à faire durer leurs appareils, à les réparer, ou à se tourner vers le marché de l’occasion. Cette prudence rejoint le déploiement progressif du nouvel indice de durabilité affiché en rayon, qui aide à comparer la robustesse réelle des produits avant l’achat plutôt qu’après le passage en caisse.

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Du côté des sites marchands, le constat s’aligne. Les paniers d’équipement de la maison se font plus rares, les montants moyens se tassent, et la part des achats motivés par une promotion ou une fin de série monte mécaniquement. Plusieurs grandes enseignes spécialisées multiplient déjà les opérations pour préserver leurs volumes, quitte à rogner sur leurs marges et à allonger leurs périodes de soldes.

Au supermarché, des stratégies très concrètes

L’alimentaire suit une trajectoire différente. Les Français ne comptent pas vraiment changer ce qu’ils mangent, mais bien la façon dont ils achètent. Plusieurs leviers d’économie reviennent systématiquement dans les réponses au questionnaire d’AlixPartners :

  • une planification plus serrée des courses, pour limiter les achats spontanés et le gaspillage alimentaire ;
  • une attention renforcée portée aux promotions, prospectus papier et offres flash en ligne ;
  • un recours plus systématique aux marques de distributeur et aux gammes premiers prix ;
  • une préférence marquée pour les enseignes à bas prix, à l’image d’E. Leclerc, Lidl ou Aldi.

Cette stratégie a un effet visible sur la géographie du commerce. Les circuits courts et économiques progressent : NielsenIQ anticipe pour 2026 une hausse de 5,7 % pour le drive et 5,3 % pour la proximité, quand les hypermarchés devraient encore reculer légèrement. Le drive, en particulier, profite de sa promesse implicite d’éviter les achats d’impulsion en rayon.

Pour vous, lecteur, la conséquence est concrète. Comparer les prix au kilo, glisser un produit MDD au lieu d’une grande marque sur trois ou quatre lignes du caddie suffit souvent à dégager une économie mensuelle de plusieurs dizaines d’euros, sans changer ni la qualité globale ni les habitudes alimentaires de la famille.

Quand un budget supplémentaire rime avec épargne

L’étude pose aussi une question contrefactuelle révélatrice : que feriez-vous d’un budget supplémentaire ? Le réflexe le plus partagé n’est pas la dépense, c’est l’épargne de précaution choisie par près d’un Français sur trois. Un autre tiers, 33 %, l’affecterait au voyage. L’alimentaire ne récolte que 15 % des intentions, et les achats non alimentaires plafonnent à 8 %.

Cette hiérarchie en dit long sur l’état d’esprit dominant. Avant d’imaginer une dépense plaisir, le ménage français cherche d’abord à reconstituer un matelas financier rongé par l’inflation des dernières années. Le rebond espéré par de nombreux distributeurs en 2026 risque, dans ces conditions, de se faire attendre encore plusieurs trimestres.

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Pour les acteurs du commerce en ligne, le signal est nuancé. La dépense plaisir reste désirée, mais elle se déplace vers l’expérience plutôt que vers l’objet. Voyager, sortir, partager une activité : voilà les arbitrages qui résistent, quand l’accumulation de biens neufs perd nettement de son attrait dans les intentions exprimées par les ménages interrogés.

Acheter mieux plutôt qu’acheter plus

Dans ce paysage, le risque pour le consommateur n’est pas tant de moins acheter que d’acheter mal. Une réduction trop brutale du budget non alimentaire peut conduire à remplacer un produit durable par une alternative bon marché qui s’use vite, à acheter par à-coups sous pression promotionnelle, ou à céder aux sirènes des plateformes low-cost dont la qualité et la conformité réglementaire varient fortement.

Au lieu de reporter leurs achats non essentiels, les consommateurs français choisissent de ne pas dépenser du tout.

Olivier Abtan, partner et managing director chez AlixPartners, dans LSA Conso, décembre 2025

Cette bascule du report vers le renoncement, observée chez 43 % des Français interrogés, ne fait pas que des perdants. Elle pousse à mieux choisir ce que l’on garde dans son budget, à privilégier la qualité documentée, le service après-vente et la réparabilité. Pour qui sait s’organiser, moins acheter peut devenir un véritable levier de pouvoir d’achat, à condition de ne pas confondre frugalité et achat impulsif au rabais.

Reprendre la main sur ses arbitrages

Le contexte invite à une lecture lucide de ses propres habitudes d’achat. Faire l’inventaire des dépenses récurrentes, repérer les abonnements oubliés, comparer les paniers entre enseignes avant de valider une commande : autant de gestes qui paraissent évidents mais que peu de ménages pratiquent de manière systématique, faute de temps ou par habitude installée depuis des années.

La période actuelle offre paradoxalement une opportunité. Reprendre la main sur ses arbitrages, c’est aussi décider de mettre son budget là où il a le plus de sens pour soi. Tester pendant trois mois un suivi simple de ses postes principaux, négocier au moins un contrat clé par an, refuser un achat sur deux pendant les soldes : quelques règles simples suffisent à transformer une posture défensive en stratégie active, sans renoncer pour autant à se faire plaisir.


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