Voir la table des matières Ne plus voir la table des matières
Le ministère de la Transition écologique a sommé Refashion de se remettre en règle. Dans un courrier de rappel à la loi daté du 26 octobre 2026 et rendu public le 28 octobre, il exige que l’éco-organisme reprenne sans frais les sacs de vêtements que les associations n’arrivent plus à écouler, dans le délai prévu par son contrat. Une amende de 170 000 € lui avait déjà été notifiée au printemps pour les mêmes manquements.
Refashion est l’organisme agréé par l’État jusqu’au 31 décembre 2028 pour gérer la fin de vie des vêtements, du linge de maison et des chaussures vendus en France. Il est financé par une écocontribution versée par les marques et répercutée sur les prix : 4,5 centimes en moyenne par pièce vendue en 2025, soit 162,7 millions d’euros sur l’année. Chaque sac que vous glissez dans une borne ou que vous apportez chez Emmaüs entre dans ce circuit. Vos vêtements donnés ont-ils vraiment une seconde vie, et dans quelle proportion ?
Que reproche exactement l’État à Refashion ?
L’État reproche à Refashion de ne pas enlever à temps les textiles que les structures de l’économie sociale et solidaire ne peuvent plus trier. Son cahier des charges l’oblige à les reprendre gratuitement dans les 10 jours ouvrés suivant la demande, et plusieurs réseaux ont signalé des enlèvements hors délai malgré l’amende du 13 avril 2026.
Ressourceries, recycleries et communautés Emmaüs vivent de la revente des pièces en bon état. Quand les opérateurs de tri refusent le surplus, les sacs invendables s’entassent dans leurs locaux et le coût du stockage retombe sur les associations. Le communiqué du ministère annonçant le rappel à la loi évoque des situations « concrètes et documentées » qui fragilisent leur modèle économique.
Les opérateurs de l’économie sociale et solidaire sont des acteurs indispensables de la collecte et du réemploi des textiles usagés. Ces structures, qui remplissent une mission d’intérêt général, ne doivent pas être fragilisées par les manquements de l’éco-organisme dont elles dépendent. J’attends de Refashion qu’il assume pleinement les responsabilités qui lui incombent en contrepartie de son agrément.
Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, dans le communiqué du 28 octobre 2026 sur le rappel à la loi adressé à Refashion
Ce courrier constitue le préalable à une mise en demeure. Refashion affirme de son côté que la situation est rentrée dans l’ordre pour les 40 organismes qui s’étaient plaints, selon Que Choisir Ensemble. Le litige porte sur les sacs qui débordent, mais il ne dit rien du sort des vêtements qui, eux, passent bien par le tri.
Que deviennent les vêtements une fois triés ?
Plus de la moitié des vêtements triés en France repartent pour être portés à nouveau. Selon les indicateurs 2025 publiés par Refashion, 54,47 % des 216 264 tonnes triées sont réutilisées en l’état, tandis que le reste est recyclé en matière, découpé en chiffons ou transformé en combustible. Voici la répartition déclarée par l’éco-organisme :
- réutilisation en l’état, la pièce étant revendue comme vêtement : 54,47 % ;
- matières envoyées au recyclage : 25,31 % ;
- chiffons d’essuyage pour l’industrie et les garages : 11,03 % ;
- combustibles solides de récupération : 8,4 % ;
- incinération ou élimination, avec ou sans récupération d’énergie : 0,79 %.
Le chiffre mis en avant par la filière, 99,94 % des tonnes triées valorisées, compte la combustion comme une valorisation et ne porte que sur ce qui arrive jusqu’au centre de tri.
Le taux qui intéresse vraiment l’acheteur se mesure plus en amont, au moment où un vêtement quitte son placard, et il est nettement moins flatteur que celui affiché par l’éco-organisme.
Quelle part des vêtements vendus est réellement réemployée ?
Environ un vêtement sur huit vendu en France est réemployé. Le calcul croise les chiffres 2025 de Refashion : sur 917 604 tonnes de textiles mises sur le marché, 272 479 ont été collectées et 216 264 triées, dont un peu plus de la moitié réutilisée, soit près de 117 800 tonnes.
| Étape | Tonnes en 2025 | Part des textiles mis sur le marché |
|---|---|---|
| Mis sur le marché | 917 604 | 100 % |
| Collectés | 272 479 | 29,7 % |
| Triés | 216 264 | 23,6 % |
| Réutilisés en l’état | 117 800 environ | 12,8 % |
| Envoyés au recyclage | 54 700 environ | 6 % |
Les deux flux ne portent pas exactement sur les mêmes pièces, puisqu’un vêtement collecté cette année a souvent été acheté plusieurs années plus tôt. Le tableau donne donc un ordre de grandeur, mais il dit l’essentiel : sept vêtements sur dix ne sont jamais collectés, avec 3,96 kg récupérés par habitant sur l’année.
Le goulet d’étranglement ne se situe pas seulement dans les placards des Français. Il se trouve aussi chez ceux qui reçoivent les sacs, et qui voient arriver des vêtements de moins en moins revendables.
Pourquoi les associations se retrouvent submergées
Emmaüs France a lancé un appel à témoignages auprès de ses structures et recueilli 70 exemples de difficultés en trois jours, d’après Que Choisir Ensemble. Les ressourceries reçoivent des pièces de mauvaise qualité qu’elles ne peuvent pas revendre, et doivent les garder en attendant un enlèvement qui tarde.
L’ultra fast-fashion est directement visée. La loi adoptée par le Parlement le 29 juin 2026 a instauré le malus qui frappe les plateformes de mode jetable, et le gouvernement ajoute depuis le 1er novembre des frais de traitement de 2 euros par catégorie sur les petits colis importés. Selon Que Choisir Ensemble, l’audience de Shein a reculé de 42,3 % entre juillet 2025 et juillet 2026, et celle de Temu de 36,4 %.
Emmaüs regrette pourtant que la loi épargne les enseignes européennes comme Zara, H&M ou Kiabi, dont les volumes pèsent aussi dans les sacs. Pour le mouvement, la seule solution durable consiste à acheter moins de vêtements, faute de quoi le tri restera saturé quelle que soit la diligence de Refashion.
Faut-il continuer à déposer ses vêtements en borne ?
Oui, déposer ses vêtements usagés reste bien préférable à la poubelle, à condition de suivre les trois consignes du ministère de la Transition écologique : des textiles propres et secs, dans un sac qui se ferme, et des chaussures attachées par paire. La France compte 47 227 points d’apport volontaire, selon Refashion.
Une pièce en très bon état garde souvent plus de valeur entre particuliers, à condition de connaître les règles de la revente d’occasion en ligne. Un vêtement simplement décousu peut aussi rester dans le placard : 127 361 vêtements ont été réparés avec le bonus réparation en 2025, chez l’un des 1 586 professionnels labellisés, chaussures comprises.
Le tri commence au moment de l’achat
En 2025, 3,6 milliards de pièces textiles ont été mises sur le marché français, et chacune n’a financé sa fin de vie qu’à hauteur de 4,5 centimes en moyenne. Avec une telle enveloppe, aucun éco-organisme ne peut absorber durablement des volumes qui grossissent plus vite que la capacité des trieurs, et le rappel à la loi d’octobre ne règle que l’urgence des sacs en souffrance.
La question se déplace donc vers la caisse. Un vêtement solide, réparable et revendable a toutes les chances de faire partie du huitième qui sera réellement porté une seconde fois, et des outils comme le coût environnemental affiché sur les étiquettes permettent désormais de comparer la durabilité de deux articles avant de payer. C’est à ce moment, bien plus qu’au pied de la borne, que se décide le destin des sacs de demain.
