Fausse aide carburant à 108,72 euros : le piège par mail qui cible les automobilistes

Un faux courriel promet une aide au carburant de 108,72 euros pour piéger les automobilistes. Comment reconnaître l'arnaque et demander la vraie prime de 100 euros sans risque.

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Un courriel bien présenté, un logo qui rappelle celui de l’administration et la promesse d’un versement de 108,72 € pour compenser le prix du carburant : depuis quelques semaines, des milliers de conducteurs découvrent ce type de message dans leur boîte mail. Derrière cette apparence officielle se cache une opération d’hameçonnage, cette technique qui consiste à se faire passer pour un organisme de confiance afin de récupérer des données personnelles et bancaires.

Le procédé fonctionne d’autant mieux qu’il s’appuie sur une mesure qui, elle, existe vraiment : une aide de l’État destinée aux automobilistes qui roulent beaucoup pour travailler. L’hameçonnage reste la première menace numérique en France, avec 64 000 demandes d’assistance et 1,9 million de consultations recensées par Cybermalveillance.gouv.fr sur la seule année 2024. Comment distinguer la vraie prime du faux courriel, et quels réflexes adopter si le message a déjà été ouvert ?

Une prime bien réelle derrière le faux message

L’aide carburant visée par les escrocs est une mesure de soutien au pouvoir d’achat bien réelle. Elle prend la forme d’un forfait de 100 € versé aux travailleurs modestes qui se servent de leur véhicule personnel pour se rendre au travail ou dans le cadre de leur activité.

Selon la présentation officielle du dispositif, ce montant correspond à environ 20 centimes d’euro par litre sur une consommation moyenne de six mois. La demande se fait uniquement sur le site impots.gouv.fr, et les personnes concernées ont jusqu’au 30 juillet 2026 pour déposer leur dossier.

Le chiffre de 108,72 € mis en avant dans les faux messages ne correspond à aucune somme officielle. Les fraudeurs retiennent volontairement un montant à la décimale près, parce qu’un chiffre détaillé inspire davantage confiance qu’une somme ronde. Reste à savoir qui peut réellement prétendre à ce coup de pouce.

Qui peut vraiment toucher les 100 euros

Le versement n’a rien d’automatique : il répond à des critères précis de distance, de revenus et de type de véhicule. Pour être considéré comme grand rouleur et ouvrir droit à l’aide, il faut réunir plusieurs conditions cumulatives :

  • parcourir plus de 15 km entre le domicile et le travail, soit plus de 30 km aller-retour, ou rouler plus de 8 000 km par an à titre professionnel ;
  • être domicilié fiscalement en France et exercer une activité professionnelle ;
  • respecter un plafond de revenus, l’aide ne concernant pas tous les automobilistes ;
  • utiliser un véhicule à motorisation thermique ou hybride non rechargeable, à deux, trois ou quatre roues ;
  • disposer d’un véhicule régulièrement assuré et pouvoir fournir son numéro d’immatriculation.

Certains véhicules sont d’emblée écartés : les modèles électriques, à hydrogène, les poids lourds, les engins agricoles ou les voitures de fonction déjà prises en charge par l’employeur. Ce ciblage rappelle celui de l’indemnité carburant réservée aux gros rouleurs, soumise elle aussi à des règles de kilométrage strictes. Rouler beaucoup ne suffit donc pas : l’usage déclaré doit correspondre aux critères du dispositif.

Comment repérer le courriel frauduleux

Plusieurs différences séparent une démarche officielle d’un message piégé. Mises côte à côte, elles dessinent une grille de lecture simple et efficace pour trancher en quelques secondes.

Point de vigilanceDémarche officielleMessage frauduleux
Montant annoncé100 €, forfaitaire108,72 €, à la décimale près
Canal de la demandeSite impots.gouv.fr saisi soi-mêmeLien à cliquer dans le mail
Délai imposéJusqu’au 30 juillet 2026Cinq jours avant « suspension »
Données réclaméesAucune pièce ni RIB par courrielPièce d’identité et coordonnées bancaires
Adresse du siteSe termine par .gouv.frNom de domaine sans lien avec l’État

Un seul de ces signaux suffit à traiter le message comme suspect. La règle posée par l’administration fiscale est sans ambiguïté : elle ne réclame jamais de RIB ni de pièce d’identité par mail. Le faux courriel, lui, cherche précisément à obtenir ces éléments.

Les données que les escrocs cherchent à récupérer

Une fois le lien ouvert, la victime arrive sur une page qui imite les codes visuels de l’administration : couleurs institutionnelles, logo, vocabulaire officiel. Le formulaire réclame alors une copie de la pièce d’identité et un relevé d’identité bancaire, en plus du nom, de la date de naissance et de l’adresse.

Ces informations alimentent ensuite l’usurpation d’identité, l’ouverture de crédits frauduleux ou la revente sur des circuits illégaux. L’hameçonnage se décline aujourd’hui sous de multiples formes, de la fausse livraison de colis à la fraude au conseiller bancaire, à l’image des faux SMS de frais de douane qui circulent en parallèle. Le piratage de compte, souvent amorcé par ce genre de message, a progressé de 55 % en un an selon Cybermalveillance.gouv.fr.

Les bons réflexes pour faire sa demande en sécurité

La parade tient en une habitude simple : ne jamais partir du message reçu, mais toujours du site officiel. Plutôt que de cliquer sur un lien, mieux vaut saisir soi-même l’adresse impots.gouv.fr dans le navigateur avant de rejoindre le simulateur ou la démarche dédiée. Un courriel reçu par erreur se signale sur la plateforme Signal-Spam, et un SMS douteux se transfère au 33700.

Avec des menaces qui se diversifient et qui se déclinent à l’envi pour chacun des publics, la cybersécurité s’impose comme un enjeu sociétal prioritaire.

Jérôme Notin, directeur général de Cybermalveillance.gouv.fr, présentation du rapport d’activité 2024 (mars 2025)

Préparer en amont les bons documents évite aussi de céder à la précipitation : avis d’impôt, numéro fiscal, carte grise et justificatif d’usage professionnel du véhicule. Ceux qui attendent une somme de l’administration peuvent d’ailleurs suivre les virements de la DGFiP attendus cet été depuis leur espace personnel, sans jamais passer par le moindre lien envoyé par mail.

Une vigilance qui dépasse le seul carburant

La qualité des faux messages progresse vite. L’absence de faute d’orthographe ou un habillage graphique soigné ne garantissent plus l’authenticité d’un courriel, alors que les campagnes s’appuient sur des dispositifs réels pour gagner en crédibilité. En 2024, la plateforme nationale d’assistance a enregistré 420 000 demandes, en hausse de 49,9 % sur un an.

Le calendrier joue en faveur des escrocs : tant que l’aide carburant reste ouverte, les tentatives d’hameçonnage disposent d’un prétexte tout trouvé. La vraie démarche se joue sur impots.gouv.fr et nulle part ailleurs, ce qui laisse peu de place au doute pour qui prend le temps de vérifier l’adresse du site avant de saisir la moindre donnée.


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